27 juillet – L’air de l’océan Atlantique

L’air empli de sel de Grand Bassam m’emplit immédiatement les poumons alors que je me dirige, encore ensommeillée, vers l’espace chaises longues de l’hôtel. Face à moi, le roulis des vagues et l’océan déchaîné… Après avoir bu quelque chose, j’enlève mes chaussures et traverse la plage, prête à laisser les flots me lécher les orteils. C’est à ce moment que je le sens : ce courant si fort qu’il tente de m’aspirer vers le large. Je comprends alors les recommandations qui découragent les touristes à se baigner et les multiples accidents qui surviennent régulièrement.

Le conte de Mami Wata, cette divinité aquatique, me revient en tête. On raconte en effet que Mami Wata, une femme d’une grande beauté aux cheveux noirs qu’elle coiffe avec un peigne d’or, à la peau noire et aux grands yeux brillants, enlevait baigneurs et pêcheurs pour les emmener dans son royaume sous-marin. Si parfois elle leur permettait de rentrer chez eux, ceux-ci revenaient avec un esprit différent : plus intelligents, plus séduisants, plus faciles à vivre.

C’est une légende qui voyage et évidemment, selon les cultures, le public ou les époques, celle-ci a évolué… mais je pense à elle, au bord du rivage, en me disant que Mami Wata pourrait m’aspirer au fond des flots, si elle le souhaitait.

Lorsque les autres se réveillent et nous rejoignent, Nicolas et moi sommes toujours allongés sur les chaises longues, hypnotisés par la plage et les marchands qui vont et viennent, proposant paires de lunettes, sacs ou statues. Nous déjeunons sur la terrasse : des omelettes, du pain, des croissants, des fruits. C’est gargantuesque. Nous faisons goûter à A. de la confiture, met qu’il n’a jamais goûté, le petit déjeuner ivoirien étant plutôt constitué de porridge chaud appelée koko, faite de mil ou de maïs et sucrée avec du lait condensé.

Après le repas, nous jouons à des jeux avec les enfants. Puis, nous nous rendons au village artisanal de Grand Bassam, situé dans la ville nouvelle. Des petites maisonnettes en bois sont alignées le long de la route proposant des meubles faits mains incroyablement beaux, des pagnes, des bijoux…

Les gens sont très gentils et les vendeurs nous laissent faire du shopping sans nous bondir dessus, comme parfois dans les zones touristiques. C’est très agréable. Je m’achète une robe. Malheureusement, la valise est trop petite pour ramener ces tables en bois massif taillées en un seul bloc.

Nous faisons quelques emplettes (je découvre avec décadence le Bounty à tartiner!), buvons des noix de coco entières et revenons à l’hôtel.

L’après-midi s’étire avec torpeur et nous savourons notre après-midi de farniente total. Puis, vers dix-huit heures, nous laissons Myriam et les enfants continuer leurs petites vacances. Il est temps pour nous de poursuivre notre périple seuls à Abidjan.

26 juillet 2026 — Direction Grand-Bassam

Nous nous réveillons une dernière fois sous notre jolie palmeraie à Adzopé. Puis, nous faisons nos valises : cet après-midi, nous irons découvrir l’océan avec notre amie Myriam et les enfants.

Avant de partir, nous animons un dernier atelier : l’atelier correspondance croisée reliant les enfants suisses et ivoiriens. C’est extrêmement sympa et cela me permet de revoir mes petits participants une dernière fois avant de partir.

Une fois l’atelier terminé, nous mangeons un dernier sublime repas fait maison (nous avons décidément été traités comme des coqs en pâte)… et il est temps de dire au revoir à tous les habitants de la cour familiale. Nous serrons des mains le coeur lourd mais avec une certitude : ce n’est qu’un au revoir. Puis, la voiture arrive et nous entamons les 150 kilomètres à parcourir qui séparent Adzopé de Grand-Bassam, notre prochaine escale. Je suis ravie de découvrir les paysages de jour : tout est splendide. Les palmeraies et les forêts s’égrènent à perte de vue. Le long du trottoir, des vendeurs ambulants proposent des objets divers aux automobilistes : des chips de banane (un délice !), des mouchoirs, ou même des écureuils ou des varans à griller.

Au bout d’un moment, la circulation se fait plus dense avant de se figer totalement. Un camion s’est renversé et provoque un embouteillage monstrueux. Notre chauffeur et l’oncle des enfants prend une route alternative qui nous permet de traverser les villes de Boudépé, de Grand Morié, de Grand et Petit Yapo. Au passage, il nous sert d’excellent guide touristique, ce qui est très agréable. Le sol est toujours de cet ocre splendide qui me fascine (à la surprise d’A., qui se demande bien ce que je peux trouver à de la terre…).

Puis, après trois heures de route, nous arrivons à Abidjan que nous traversons, les yeux rivés sur l’extérieur. Une demi-heure plus tard, nous voilà à Grand-Bassam.

La ville, située sur le littoral, porte en elle une riche histoire. Première capitale coloniale, portuaire, économique et juridique de la Côte d’Ivoire de 1893 à 1899, elle se trouve à une quarantaine de kilomètres d’Abidjan et est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Faisant face à l’océan Atlantique, elle est divisée en deux parties par la lagune Ouladine. Il y a l’Ancien Bassam, vieille ville de la colonie française, où l’on peut apercevoir quelques maisons coloniales ayant subsistés aux assauts du temps — et de nombreux hôtels de bord de mer. Et il y a le Nouveau Bassam, sur la terre ferme, qui est désormais le centre-ville où l’animation se passe.

Notre hôtel se trouve en bord de mer, à Ancien Bassam donc. Malgré la couverture nuageuse, le lieu est splendide et peuplé de chats trop mignons. L’océan se jette en rouleaux sur la plage. Le sable est rouge et l’air iodé nous fouette le visage.

Le soir venu, nous décidons de célébrer l’anniversaire de J., l’aînée des enfants qui n’est pas avec nous, mais ce n’est pas grave. Il faut profiter de toute occasion pour faire la fête. Le restaurant dans lequel nous allons est splendide. Les ados font des selfies dans le jardin tandis que nous savourons la fraîcheur marine. Tout est beau : l’ambiance tamisée, le décor…

Nous mangeons des calamars frais. Puis, au milieu du repas, un homme s’agenouille pour demander en mariage sa compagne, tel un acteur de film hollywoodien. Nous applaudissons les tourtereaux.

Une fois repus, nous rentrons à l’hôtel et profitons de la douceur de la terrasse et du bruit de la mer qui nous berce.

24 juillet 2026 — Nature incroyable et piments

En ce vendredi, jour sacré pour la communauté musulmane, le camp marque une pause matinale jusqu’à la grande prière collective prévue vers midi. Nous profitons de cette parenthèse pour explorer les environs de notre hôtel.

Dès le petit déjeuner avalé, nous rejoignons la rue principale. Nous passons devant un petit marché proposant des piments verts et rouges. Nicolas s’arrête prendre quelques photos, suscitant l’étonnement des vendeuses. Je ris intérieurement, me disant qu’en effet, si des touristes photographiaient un stand de pommes de terre au marché de ma ville, je serais également surprise. Plus loin, un arbre spectaculaire est recouvert de dizaines de nids d’oiseaux, suspendus aux branches, comme des nids de Marsupilamis miniatures, assiégés par un tourbillon de perroquets jaune citron. Leur cacophonie est assourdissante, vibrant dans l’air chaud.

Nous débouchons sur l’artère principale où sont alignés poissonneries, centres esthétiques, magasins de perruques, couturier, menuisier, maquis et restaurants. Les façades des échoppes sont ornées de fresques colorées. Les gens sont très calmes et accueillants, nous saluant avec chaleur.

Des voitures passent et à l’arrière, elles sont toutes décorées d’inscriptions colorées : Merci maman ; Pense à demain ; Dieu est grand, etc. Chaque véhicule est personnalisé de son petit mantra.

Après cette immersion urbaine, nous rebroussons chemin pour rejoindre la nature. La route bitumée laisse place à une piste de terre ocre qui s’enfonce vers la forêt. Un vieillard sympathique nous serre la main.

Soudain, deux immenses termitières surgissent au détour de quelques arbres. C’est une première pour moi. Elles ressemblent à des châteaux mythologiques. En Côte d’Ivoire, il y a plus d’une centaine d’espèces de termites, me dit mon ami Google. Et je suis estomaquée par la beauté de leur habitat.

Dans les bosquets environnants, des fleurs aux couleurs splendides poussent. Nous apercevons également des escargots gigantesques, à la coquille torsadée. Il s’agit d’escargots géants africains qui peuvent mesurer jusqu’à 30 centimètres de long et atteindre un kilo. Ceux que nous observons, faisant une quinzaine de centimètres, sont déjà impressionnants.

Puis, nous arrivons jusqu’à une petite bourgade appelée Inproville. Ça n’a évidemment rien à voir avec l’impro, il s’agissait d’un quartier qui logeait les employés de l’entreprise Inprobois… mais le clin d’œil me fait rire. Adzopé est en effet un centre majeur de l’industrie et du commerce du bois en Côte d’Ivoire et nombre de nos parquets en teck en Europe viennent de là !

Après notre petite balade, nous sommes en nage. Il fait chaud et humide. Nous sautons donc sous la douche avant de rejoindre notre équipe pour le camp.

L’après-midi, nous nous dédions aux activités créatives : ateliers de dessins, cours d’impro. Les enfants sont présents et motivés.

Puis, après les ateliers, je goûte une nouvelle spécialité : une soupe pimentée avec des morceaux de peau de vache (la graisse sous-cutanée de l’animal). La texture est étrange, fondante et gluante. C’est extrêmement épicé, mais… pour une raison qui m’échappe, je la bois comme s’il s’agissait d’un liquide ordinaire.

Grossière erreur… mon estomac m’en voudra par la suite…

23 juillet – Danse, danse, danse !

Nous prenons nos habitudes et arrivons au terrain après notre royal petit déjeuner au milieu des oiseaux. J’ai l’impression d’avoir déjà vécu deux vies dans ce petit coin de pays, tant tout ce qu’on expérimente est intense !

Je donne mon traditionnel cours d’impro avec ma fantastique petite troupe. Les filles sont tellement enthousiastes que nous décidons de poursuivre dans l’après-midi.

Puis, l’heure du repas de midi approche. La distribution des 300 repas se fait dans une chorégraphie savamment maîtrisée ! C’est tout un art : les femmes cuisinent toute la matinée dans la cour, dans de grosses marmites à ciel ouvert. Elles répartissent alors les 300 portions et l’un des membres de l’équipe vient chercher le tout dans un petit véhicule. Il fait autant d’allers et retours que nécessaire. Tout est ensuite aligné dans une salle de classe. Et les enfants entrent alors, les uns après les autres, attendant la distribution. C’est un point difficile. Parfois, davantage d’enfants arrivent… et il faut gérer ce large afflux, dans le calme et la bonne humeur, ce que notre équipe fait à merveille.

Après le repas, un battle de danse est organisé sur le terrain.  Une toute jeune enfant éblouit le stade tant elle danse bien. Les garçons les imitent alors et le stade prend des airs de fête !

Je retrouve ensuite les filles. Mais, au milieu d’un exercice, des trombes d’eau s’abattent sur les toits de tôle dans un boucan infernal. L’air s’alourdit et la chaleur devient plus palpable, comme si elle prenait corps. Un robinet céleste s’est ouvert au dessus de nous et la pluie est digne des « showers » qui tombaient sur Hong Kong en été. Nous n’entendons plus rien et je me demande comment font les enseignants quand c’est la grande saison des pluies. Tout gondole : mes feuilles, le livre dans mon sac. L’humidité se glisse de partout et nous patientons, le temps que le ciel se calme.

Lorsque la nuit tombe, les dernières gouttes se posent sur le sol. Nous nettoyons le terrain. Les sachets d’eau baignent dans des flaques, rendant l’exercice nettement moins agréable.

Le soir, nous mangeons du poisson grillé et de l’attieke. Malgré les cours de la journée, on se sent vraiment en vacances !

22 juillet 2026 – Insolation et amours parfaits

Ce matin, Nicolas est patraque. Il a attrapé une insolation. En attendant qu’on vienne me chercher, nous découvrons avec délice l’une des passions télévisuelles ivoiriennes : les télénovelas sud-américaines !

Nous tombons donc sur la série Amour parfait, une télénovela brésilienne, aussi kitsch que dramatique… tout ce que j’aime… et dont voici le pitch : « En 1934, Marê, diplômée en commerce, retourne à San Jacinto pour reprendre l’hôtel familial. Son père Leonel la force à épouser Gaspar, un homme malveillant qui menace de révéler sa relation avec Orlando, un médecin noir. Gilda, la belle-mère ambitieuse de Marê, complote avec Gaspar pour assassiner Leonel et faire accuser Marê afin de s’emparer de l’héritage familial. Marê, enceinte, est emprisonnée et son enfant lui est retiré. Après huit ans, libérée, la jeune femme revient à São Jacinto pour se venger de Gilda, récupérer son héritage et retrouver son fils, avec l’aide de Júlio, son ami d’enfance amoureux d’elle. »

L’enfant, qui s’appelle Marcelino, vit désormais avec des moines dans une félicité entière. C’est très intense et dramatique… Et nous réalisons en zappant que chaque chaîne propose pléthore de séries dans ce style!
En Asie aussi, les télénovelas sud-américaines étaient très populaires et je me demande pourquoi marchent-elles sur trois continents mais ne sont pas connues en Europe.

En me rendant à la réception de mon hôte, je réalise alors que la réceptionniste aussi est fan de cette série et suit avec intensité les aventures de Marcelino.

Bref, une fois cet interlude télévisuel passé, je rejoins l’équipe du camp. Il est temps de redevenir sérieux (ou pas). Une fois sur le terrain, il se met à pleuvoir.

Sous la pluie, les équipes de filles s’affrontent. Quelques gouttes d’eau ne semblent pas les émouvoir et elles se démènent avec panache, sous les encouragements de centaines d’enfants qui suivent leurs matchs avec enthousiasme.

Je donne ensuite mon atelier. Nous improvisons un petit spectacle pour les participant-e-s du club de dessin et les filles s’en sortent à merveille, ce qui est assez admirable après seulement deux après-midis de pratique.

Puis, une fois la journée terminée, je retrouve Nicolas qui se remet gentiment de ses émotions.