25 juillet 2026 – Jour de finale

C’est le dernier jour du camp. Le programme est intense. Il nous faudra enchaîner :

  • La finale de relais ;
  • Le match de troisième place ;
  • La finale de football féminine ;
  • La finale de danse ;
  • L’exposition des dessins ;
  • La finale de football des petits ;
  • Le match de gala ;
  • Le spectacle d’impro ;
  • La finale de football des grands ;
  • Et la remise des prix.

Mon estomac danse la samba, encore traumatisé par la soupe aux piments. Mais vaille que vaille, on y va !

Les activités s’enchaînent, de manière tourbillonnante et intense.

Course au sac sous le soleil, sketchs rondement menés par les filles malgré les conditions difficiles, actions incroyables sur le terrain, claquettes qui volent et scènes de joie lorsque la balle entre dans le goal.

Nous prenons du retard et la chaleur est torride. J’admire les enfants qui donnent tout ce qu’ils ont malgré les 35 degrés et l’humidité qui nous écrase.

Mais ils sont heureux, l’ambiance est au rendez-vous et de nombreux invités sont venus assister aux festivités.

Quand la fin de la journée arrive, je n’ai rien vu passer. Tout s’est déroulé à merveille et nos participants, ravis, dansent sur le terrain alors que la remise des prix a lieu. J’ai du mal à croire que c’est déjà fini.

La nuit tombe d’un coup… et avec elle, le clap de fin sur nos activités de l’été!

Désormais Yélé se concentrera sur les bourses, l’accompagnement de ses petits pupilles, les ateliers d’écriture et la recherche de fonds… en attendant l’année prochaine ! C’était fou et c’était bien.

Le dimanche, nous animerons notre atelier d’écriture puis… les vacances pourront commencer pour l’équipe!

23 juillet 2026 – Danse, danse, danse !

Nous prenons nos habitudes et arrivons au terrain après notre royal petit déjeuner au milieu des oiseaux. J’ai l’impression d’avoir déjà vécu deux vies dans ce petit coin de pays, tant tout ce qu’on expérimente est intense !

Je donne mon traditionnel cours d’impro avec ma fantastique petite troupe. Les filles sont tellement enthousiastes que nous décidons de poursuivre dans l’après-midi.

Puis, l’heure du repas de midi approche. La distribution des 300 repas se fait dans une chorégraphie savamment maîtrisée ! C’est tout un art : les femmes cuisinent toute la matinée dans la cour, dans de grosses marmites à ciel ouvert. Elles répartissent alors les 300 portions et l’un des membres de l’équipe vient chercher le tout dans un petit véhicule. Il fait autant d’allers et retours que nécessaire. Tout est ensuite aligné dans une salle de classe. Et les enfants entrent alors, les uns après les autres, attendant la distribution. C’est un point difficile. Parfois, davantage d’enfants arrivent… et il faut gérer ce large afflux, dans le calme et la bonne humeur, ce que notre équipe fait à merveille.

Après le repas, un battle de danse est organisé sur le terrain.  Une toute jeune enfant éblouit le stade tant elle danse bien. Les garçons les imitent alors et le stade prend des airs de fête !

Je retrouve ensuite les filles. Mais, au milieu d’un exercice, des trombes d’eau s’abattent sur les toits de tôle dans un boucan infernal. L’air s’alourdit et la chaleur devient plus palpable, comme si elle prenait corps. Un robinet céleste s’est ouvert au dessus de nous et la pluie est digne des « showers » qui tombaient sur Hong Kong en été. Nous n’entendons plus rien et je me demande comment font les enseignants quand c’est la grande saison des pluies. Tout gondole : mes feuilles, le livre dans mon sac. L’humidité se glisse de partout et nous patientons, le temps que le ciel se calme.

Lorsque la nuit tombe, les dernières gouttes se posent sur le sol. Nous nettoyons le terrain. Les sachets d’eau baignent dans des flaques, rendant l’exercice nettement moins agréable.

Le soir, nous mangeons du poisson grillé et de l’attieke. Malgré les cours de la journée, on se sent vraiment en vacances !

22 juillet 2026 – Insolation et amours parfaits

Ce matin, Nicolas est patraque. Il a attrapé une insolation. En attendant qu’on vienne me chercher, nous découvrons avec délice l’une des passions télévisuelles ivoiriennes : les télénovelas sud-américaines !

Nous tombons donc sur la série Amour parfait, une télénovela brésilienne, aussi kitsch que dramatique… tout ce que j’aime… et dont voici le pitch : « En 1934, Marê, diplômée en commerce, retourne à San Jacinto pour reprendre l’hôtel familial. Son père Leonel la force à épouser Gaspar, un homme malveillant qui menace de révéler sa relation avec Orlando, un médecin noir. Gilda, la belle-mère ambitieuse de Marê, complote avec Gaspar pour assassiner Leonel et faire accuser Marê afin de s’emparer de l’héritage familial. Marê, enceinte, est emprisonnée et son enfant lui est retiré. Après huit ans, libérée, la jeune femme revient à São Jacinto pour se venger de Gilda, récupérer son héritage et retrouver son fils, avec l’aide de Júlio, son ami d’enfance amoureux d’elle. »

L’enfant, qui s’appelle Marcelino, vit désormais avec des moines dans une félicité entière. C’est très intense et dramatique… Et nous réalisons en zappant que chaque chaîne propose pléthore de séries dans ce style!
En Asie aussi, les télénovelas sud-américaines étaient très populaires et je me demande pourquoi marchent-elles sur trois continents mais ne sont pas connues en Europe.

En me rendant à la réception de mon hôte, je réalise alors que la réceptionniste aussi est fan de cette série et suit avec intensité les aventures de Marcelino.

Bref, une fois cet interlude télévisuel passé, je rejoins l’équipe du camp. Il est temps de redevenir sérieux (ou pas). Une fois sur le terrain, il se met à pleuvoir.

Sous la pluie, les équipes de filles s’affrontent. Quelques gouttes d’eau ne semblent pas les émouvoir et elles se démènent avec panache, sous les encouragements de centaines d’enfants qui suivent leurs matchs avec enthousiasme.

Je donne ensuite mon atelier. Nous improvisons un petit spectacle pour les participant-e-s du club de dessin et les filles s’en sortent à merveille, ce qui est assez admirable après seulement deux après-midis de pratique.

Puis, une fois la journée terminée, je retrouve Nicolas qui se remet gentiment de ses émotions.

21 juillet 2026 – Un groupe de filles extraordinaires

Deuxième jour du camp. Alors que Myriam donne son atelier de dessin, je débute la journée en donnant mon atelier d’improvisation théâtrale avec mon petit groupe.

Les filles sont incroyablement talentueuses. Je découvre des personnalités imaginatives, créatives et drôles. De futures actrices en devenir. Aliyah, Imani, Mamco, Lima, Leyla, Madouce, Fatima, Sarah, Faozia, Mevo – toutes ont de sublimes prénoms mais toutes ont également des talents bien à elles et je fais connaissance avec ce petit groupe unique.

Le challenge est de taille : nous avons seulement 4 jours pour monter un petit spectacle, alors que nous répétons dans des conditions rudimentaires. Si j’avais la chance de pouvoir leur donner des cours annuels, elles seraient des rock-stars, pour sûr.

Bref, elles sont super et je passe un magnifique moment !

A midi, nous mangeons du foutou, une purée dense et élastique à base de banane plantain et de manioc pilé que nous mangeons avec de la sauce arachide. C’est un délice et je me dis immédiatement que je dois trouver un livre de recettes à ramener dans mes bagages.

L’après-midi, les matchs de foot des adolescents s’enchaînent. Les garçons se donnent à fond et nous les voyons sauter, bondir et courir après le ballon avec autant d’énergie que des joueurs professionnels.

Puis, vers 17h, on range et on file se doucher. A nouveau, la journée a été riche en sueur et en poussière.

Le soir venu, nous passons une soirée tranquille sous la palmeraie.

20 juillet 2026 — Premier jour de camp

Nous commençons la journée sous les palmiers, pour y prendre notre petit-déjeuner : une omelette aux herbes délicieuse et assaisonnée à la perfection, comme tout ce que nous avons mangé jusque là! Au-dessus de nous, des oiseaux colorés nichent. L’air est déjà lourd. Je sens qu’on va suer…

Une fois prêts, nous rejoignons l’équipe du camp. Ils sont tous rassemblés sur un immense terrain de football faisant face à des salles de classe, coiffées de toits en tôle. Deux tentes ont été installées sous les côtés. Un bosquet d’arbres sur la gauche offre un peu de fraîcheur. Il y a encore et toujours des margouillats qui se baladent pour mon plus grand bonheur !

Dès notre arrivée, nous sommes assaillis par trois cents enfants qui attendent, les yeux brillants, que les activités commencent. Cette semaine, c’est tout un programme qui va leur être offert : tournois de football masculin et féminin, courses d’athlétisme, battles de danse, mais aussi ateliers créatifs, comme le dessin, un atelier d’écriture ou l’improvisation théâtrale que j’animerai. Les moniteurs sont au taquet, prêts à accompagner les enfants durant ces six jours.

Ce camp est gratuit, et il draine toute la jeunesse du quartier, sans distinction — garçons et filles. Des gamins se pressent autour de nous, certains sont hauts comme trois pommes, d’autres sont de magnifiques ados aux immenses jambes. Depuis nos débuts en 2020, l’engouement ne cesse de croître. Chaque année, nous sommes dépassés par l’enthousiasme, un défi que nous relevons avec les moyens du bord, car notre équipe et nos ressources ne sont pas extensibles. Mais c’est difficile de repousser des enfants dont le camp est la seule activité spéciale de tout l’été. On fait donc comme on peut et on essaie d’accepter tout le monde, même si c’est compliqué…

Parmi nos coachs, en plus des frères Koné, certains sont d’anciens participants qui ont commencé à venir au camp lorsque nous l’avons créé il y a six ans, et qui font désormais partie de nos encadrants, ce qui rend le tout encore plus sympa et vraiment familial.

Une fois les équipes formées, nous distribuons maillots et chaussures aux enfants (des claquettes transparentes en plastique qui me rappellent mes vacances lorsque j’étais petite). La plupart ont l’habitude de se déplacer ou même de jouer pieds nus — ce qui me sidère… comment font-ils pour ne pas se casser les orteils ou se brûler la peau sur le bitume tout chaud ?

Puis, vers onze heures, lorsque tout le monde est équipé, les premiers matchs de foot junior commencent. L’ambiance devient électrique. Ils choisissent des noms d’équipes rigolos : le FC Genève, par exemple, fait face au club de Nyon ! Autour du terrain, la foule vibre. Un présentateur, micro à la main, commente chaque action avec humour et dans un débit hyper rapide, tandis qu’une musique rythmée transforme le stade en une scène de fête. Il y a de l’ambiance !

En parallèle, je crée une équipe pour m’aider à nettoyer les abords du terrain. Ici, la gestion des ordures est très différente de la Suisse ; il n’y a pas de poubelles — et, si la plupart des objets sont réutilisés, pour les déchets tels que le plastique, il est normal de les jeter par terre. Mais dès que je commence à ramasser, les enfants m’imitent spontanément, ce qui est une bonne chose. Nous voulons rendre un terrain impeccable à M. Silué.

À midi, trois-cents repas sont distribués. Notre équipe de cuisinières a préparé, dans des conditions rudimentaires, du riz gras, un plat traditionnel ivoirien, à base de riz, de viande, de concentré de tomates et de petits légumes. C’est délicieux et bien épicé. C’est une sacrée prouesse de faire à manger pour autant, dans une cuisine extérieure et que tout soit si bon. L’eau est servie dans des sachets, qu’on perce… C’est la première fois que je vois cela.

Les enfants mangent, assis sur des murets… puis, les activités peuvent reprendre.

L’après-midi, la chaleur devient torride. Je m’installe dans l’une des salles de classe pour mon cours d’improvisation théâtrale. Une trentaine de jeunes filles s’y pressent, certaines si timides qu’elles osent à peine parler. Le choix est cornélien : nous ne pouvons en garder qu’une quinzaine pour que ce soit qualitatif. Les autres rejoindront Myriam, mon amie artiste peintre, pour le dessin. Bientôt, la chaleur devient étouffante sous le toit de tôle. Dans les rires et la sueur, nous prenons la décision de sortir. L’atelier se poursuit dehors, jusqu’à ce que la lumière commence à baisser vers 18 h. La douche du soir n’a jamais eu une telle saveur.

Le soir, nous nous dirigeons vers un maquis atypique : une place à ciel ouvert surmontée de poteaux sans toit, où nous dégustons un poisson braisé incroyable. Les poissons braisés et grillés sont des plats emblématiques de la Côte d’Ivoire. Servi avec l’attiéké (une semoule de manioc granuleuse qu’on mange avec les doigts et dont je suis folle), une sauce oignon-tomate accompagnée de piment et des allokos (des bananes plantains sautées), c’est un délice absolu. La cuisine ivoirienne mériterait d’être davantage connue tant elle est savoureuse.

Les maquis ont toujours la même configuration : des tables et des chaises en plastique, situées en extérieur, à côté de grands grills géants où sont préparés poissons, poulets, alloco et autres mets… et les boissons sont placées dans des espaces à part, souvent fermés ou grillagés. Des petits robinets ou des seaux d’eau sont positionnés à certains endroits pour se laver les mains, puisqu’on mange avec les doigts. Ça ne paie pas de mine et pourtant, ce sont des lieux incroyables !

Sous les tables, des chats que je glisserais bien dans mes valises slaloment et attrapent les arêtes des poissons.

Toute l’équipe de Yélé d’Adzopé est réunie. Sous la voûte étoilée, nous faisons connaissance (et ils découvrent avec effroi ma propension à poser des questions alors qu’ils sont plutôt calmes et taiseux). Mais nous rions beaucoup et sommes heureux de la semaine à venir.