19 juillet 2026 — Les préparatifs

Le dimanche, nous nous réveillons sous le bruit des oiseaux. De la musique résonne au-dehors. Nous jetons un œil à la fenêtre. Les gens, vêtus d’habits colorés, se rendent à l’église. Nous entendons le sermon du prêtre retentir dans toute la rue entre deux salves chantantes lancées à plein régime.

Puis, après le petit-déjeuner, nous rejoignons nos amis. Le camp commencera demain et toute l’équipe s’active pour que tout soit prêt : préparation du terrain, installation de la sono, aménagement du matériel… rien n’est laissé au hasard.

Nous en profitons également pour rencontrer le directeur de l’école, M.Silué, qui nous met ses locaux à disposition avec générosité. Des photos sont prises sous le drapeau qui flotte.

Quelques enfants curieux viennent déjà voir ce qu’il se passe. Ils sont impatients.

Adzopé est une grande ville abritant environ 150 000 habitants, dont la moitié ont moins de 18 ans, selon les statistiques. C’est le chef-lieu de la région de La Mé, réputée pour son commerce du bois. Pourtant, même si la localité est étendue, peu d’infrastructures sont dédiées à la jeunesse. À Adzopé, il n’existe en effet ni piscine, ni bibliothèque, ni cinéma, ni salle de sport, ni terrain de jeux, ni espace extérieur ou intérieur qui permettent aux enfants de se dépenser, de s’amuser, de lire, de bricoler ou encore de pratiquer un quelconque loisir. Les vacances sont longues et le camp est donc devenu quelque chose que les enfants du quartier attendent avec impatience.

Une fois le terrain prêt, nous faisons le tour de la ville d’Adzopé. C’est grand, étalé. Mais les bâtisses d’un étage nous donnent l’impression que c’est plus petit. On traverse des quartiers colorés et vivants ainsi que des zones rurales. Le vert de la végétation contraste avec la teinte de la terre : cet ocre incroyable qui me fascine. Des margouillats — d’espèces de gros lézards bruns et orange, de tailles diverses — se baladent partout… Ils sont si drôles avec leurs doigts étranges et leur démarche sautillante.

La ville résonne de musique. Tout le temps. Partout. Et d’odeurs de nourriture. Sur les bords des routes sont alignés des dizaines de petits commerces : coiffeurs, tailleurs, épiciers, menuisiers… c’est joli et varié.

Pour le repas de midi, nous dégustons du placali, une sorte de purée de manioc élastique, accompagnée de sauce gombo. C’est incroyablement parfumé. On se régale.

Le soir venu, nous organisons la traditionnelle soirée cinéma Yélé. Chaque année, en effet, les enfants se retrouvent dans la cour extérieure familiale, où un projecteur propulse un film sur le mur. Finale du Mondial oblige, ce sera soirée Espagne-Argentine. Les petits sont surexcités, alignés sur des nattes. Les adolescents sont adossés au muret. Tous hurlent dans une ambiance festive. Les femmes de la maison ont préparé des popcorns tous chauds. Nous mangeons du pain brochette : de la viande grillée dans une baguette ivoirienne, qui est légère et aérienne. Puis, vers 23 heures, tout le monde part se coucher.

Demain, le camp commencera !

18 juillet 2026 — Côte d’Ivoire, nous voilà

Depuis 2020, je m’investis aux côtés d’une association qui transforme le quotidien des enfants d’Adzopé, en Côte d’Ivoire. Dans ce cadre-là, avec notre équipe sur place, nous organisons des camps de vacances, diverses activités extrascolaires et mettons à disposition des bourses scolaires pour celles et ceux qui en ont le plus besoin.

Cette association, qui s’appelle Yélé d’Adzopé, a été fondée par deux de mes amis les plus chers : Tidiane et Myriam. Originaires de Côte d’Ivoire et plus spécifiquement d’Adzopé et vivant en Suisse, ils ont lancé Yélé d’Adzopé avec peu de moyens et m’ont proposé de les rejoindre pour les aider. Six ans plus tard, ce sont plus de trois cents enfants qui participent à nos camps chaque été et plusieurs jeunes qui poursuivent leurs études grâce au parrainage.

Cet été, ils nous embarquent donc avec eux dans leur famille et leur ville d’origine. L’occasion unique pour moi de voir concrètement l’impact de notre travail et de rencontrer celles et ceux qui, depuis le début, rendent cette aventure possible !

Samedi 18 juillet, nous arrivons donc en fin d’après-midi sur la terre ocre et verdoyante de Côte d’Ivoire et rejoignons nos amis qui sont venus nous chercher à l’aéroport. L’air est saturé d’odeurs agréables. Il fait humide et chaud. Mon corps se détend, se rappelant ce que j’aimais dans la météo de Hong Kong. Nous chargeons nos valises, prêts à se mettre en route.

Adzopé est une ville qui se trouve à 100 kilomètres d’Abidjan. Si le trajet peut se faire en deux heures, en ce samedi soir, les routes sont surchargées. Nous traversons des marchés, des banlieues, des quartiers animés. Des gens slaloment entre les voitures vendant toutes sortes d’objets : des fruits, des mouchoirs, des oreillers, des chips de bananes plantain, etc. Un jeune homme fait des pompes au milieu du périphérique. Nicolas et moi observons cette foule bigarrée avec attention.

Puis, la ville s’éloigne et nous pénétrons dans la végétation. La Côte d’Ivoire est en effet recouverte d’environ 3 millions d’hectares de forêts. C’est donc extrêmement vert. Mais la nuit tombe, comme un rideau, et peu à peu, nous ne voyons plus rien. On devine juste les arbres qui s’étendent à perte de vue.

Quand nous arrivons devant la cour familiale, il est déjà 22 heures. J’avais appris à dire « Bonjour » en dioula, prête à faire ma maligne… mais en ouvrant la portière, une émotion soudaine s’empare de moi. Une foule d’enfants est là pour nous accueillir, chantant « Bienvenue ! ». Tout se bloque dans ma gorge. Je ne trouve plus mes mots. Je traverse la multitude de petites mains qui m’attrapent et, enfin, je vois les visages connus des membres de notre association. Les sourires que j’ai observés des millions de fois prennent vie. Nous saluons tout le monde dans un tourbillon de bonne humeur, puis je rencontre les mamans, les tantes, les cousins, les filles et les fils, tous ceux dont j’entends parler et avec qui j’échange depuis si longtemps. Les cœurs palpitent.

Il est 23 h, une heure du matin chez nous. On nous emmène alors manger du poulet braisé incroyablement bon sur fond de match France-Angleterre dans un petit maquis, un restaurant à ciel ouvert où sont alignées des tables en pastique, aux côtés de quatre étals qui font flamber du poisson et de la viande sur de grands grills. L’odeur est entêtante et délicieuse. Je regarde mon amie Myriam. La retrouver là, sous les étoiles ivoiriennes, c’est irréel et magique.

Puis, nous rejoignons notre lit. Nous sommes épuisés, mais ravis.

Vivement demain!