24 juillet 2026 — Nature incroyable et piments

En ce vendredi, jour sacré pour la communauté musulmane, le camp marque une pause matinale jusqu’à la grande prière collective prévue vers midi. Nous profitons de cette parenthèse pour explorer les environs de notre hôtel.

Dès le petit déjeuner avalé, nous rejoignons la rue principale. Nous passons devant un petit marché proposant des piments verts et rouges. Nicolas s’arrête prendre quelques photos, suscitant l’étonnement des vendeuses. Je ris intérieurement, me disant qu’en effet, si des touristes photographiaient un stand de pommes de terre au marché de ma ville, je serais également surprise. Plus loin, un arbre spectaculaire est recouvert de dizaines de nids d’oiseaux, suspendus aux branches, comme des nids de Marsupilamis miniatures, assiégés par un tourbillon de perroquets jaune citron. Leur cacophonie est assourdissante, vibrant dans l’air chaud.

Nous débouchons sur l’artère principale où sont alignés poissonneries, centres esthétiques, magasins de perruques, couturier, menuisier, maquis et restaurants. Les façades des échoppes sont ornées de fresques colorées. Les gens sont très calmes et accueillants, nous saluant avec chaleur.

Des voitures passent et à l’arrière, elles sont toutes décorées d’inscriptions colorées : Merci maman ; Pense à demain ; Dieu est grand, etc. Chaque véhicule est personnalisé de son petit mantra.

Après cette immersion urbaine, nous rebroussons chemin pour rejoindre la nature. La route bitumée laisse place à une piste de terre ocre qui s’enfonce vers la forêt. Un vieillard sympathique nous serre la main.

Soudain, deux immenses termitières surgissent au détour de quelques arbres. C’est une première pour moi. Elles ressemblent à des châteaux mythologiques. En Côte d’Ivoire, il y a plus d’une centaine d’espèces de termites, me dit mon ami Google. Et je suis estomaquée par la beauté de leur habitat.

Dans les bosquets environnants, des fleurs aux couleurs splendides poussent. Nous apercevons également des escargots gigantesques, à la coquille torsadée. Il s’agit d’escargots géants africains qui peuvent mesurer jusqu’à 30 centimètres de long et atteindre un kilo. Ceux que nous observons, faisant une quinzaine de centimètres, sont déjà impressionnants.

Puis, nous arrivons jusqu’à une petite bourgade appelée Inproville. Ça n’a évidemment rien à voir avec l’impro, il s’agissait d’un quartier qui logeait les employés de l’entreprise Inprobois… mais le clin d’œil me fait rire. Adzopé est en effet un centre majeur de l’industrie et du commerce du bois en Côte d’Ivoire et nombre de nos parquets en teck en Europe viennent de là !

Après notre petite balade, nous sommes en nage. Il fait chaud et humide. Nous sautons donc sous la douche avant de rejoindre notre équipe pour le camp.

L’après-midi, nous nous dédions aux activités créatives : ateliers de dessins, cours d’impro. Les enfants sont présents et motivés.

Puis, après les ateliers, je goûte une nouvelle spécialité : une soupe pimentée avec des morceaux de peau de vache (la graisse sous-cutanée de l’animal). La texture est étrange, fondante et gluante. C’est extrêmement épicé, mais… pour une raison qui m’échappe, je la bois comme s’il s’agissait d’un liquide ordinaire.

Grossière erreur… mon estomac m’en voudra par la suite…

23 juillet – Danse, danse, danse !

Nous prenons nos habitudes et arrivons au terrain après notre royal petit déjeuner au milieu des oiseaux. J’ai l’impression d’avoir déjà vécu deux vies dans ce petit coin de pays, tant tout ce qu’on expérimente est intense !

Je donne mon traditionnel cours d’impro avec ma fantastique petite troupe. Les filles sont tellement enthousiastes que nous décidons de poursuivre dans l’après-midi.

Puis, l’heure du repas de midi approche. La distribution des 300 repas se fait dans une chorégraphie savamment maîtrisée ! C’est tout un art : les femmes cuisinent toute la matinée dans la cour, dans de grosses marmites à ciel ouvert. Elles répartissent alors les 300 portions et l’un des membres de l’équipe vient chercher le tout dans un petit véhicule. Il fait autant d’allers et retours que nécessaire. Tout est ensuite aligné dans une salle de classe. Et les enfants entrent alors, les uns après les autres, attendant la distribution. C’est un point difficile. Parfois, davantage d’enfants arrivent… et il faut gérer ce large afflux, dans le calme et la bonne humeur, ce que notre équipe fait à merveille.

Après le repas, un battle de danse est organisé sur le terrain.  Une toute jeune enfant éblouit le stade tant elle danse bien. Les garçons les imitent alors et le stade prend des airs de fête !

Je retrouve ensuite les filles. Mais, au milieu d’un exercice, des trombes d’eau s’abattent sur les toits de tôle dans un boucan infernal. L’air s’alourdit et la chaleur devient plus palpable, comme si elle prenait corps. Un robinet céleste s’est ouvert au dessus de nous et la pluie est digne des « showers » qui tombaient sur Hong Kong en été. Nous n’entendons plus rien et je me demande comment font les enseignants quand c’est la grande saison des pluies. Tout gondole : mes feuilles, le livre dans mon sac. L’humidité se glisse de partout et nous patientons, le temps que le ciel se calme.

Lorsque la nuit tombe, les dernières gouttes se posent sur le sol. Nous nettoyons le terrain. Les sachets d’eau baignent dans des flaques, rendant l’exercice nettement moins agréable.

Le soir, nous mangeons du poisson grillé et de l’attieke. Malgré les cours de la journée, on se sent vraiment en vacances !

22 juillet 2026 – Insolation et amours parfaits

Ce matin, Nicolas est patraque. Il a attrapé une insolation. En attendant qu’on vienne me chercher, nous découvrons avec délice l’une des passions télévisuelles ivoiriennes : les télénovelas sud-américaines !

Nous tombons donc sur la série Amour parfait, une télénovela brésilienne, aussi kitsch que dramatique… tout ce que j’aime… et dont voici le pitch : « En 1934, Marê, diplômée en commerce, retourne à San Jacinto pour reprendre l’hôtel familial. Son père Leonel la force à épouser Gaspar, un homme malveillant qui menace de révéler sa relation avec Orlando, un médecin noir. Gilda, la belle-mère ambitieuse de Marê, complote avec Gaspar pour assassiner Leonel et faire accuser Marê afin de s’emparer de l’héritage familial. Marê, enceinte, est emprisonnée et son enfant lui est retiré. Après huit ans, libérée, la jeune femme revient à São Jacinto pour se venger de Gilda, récupérer son héritage et retrouver son fils, avec l’aide de Júlio, son ami d’enfance amoureux d’elle. »

L’enfant, qui s’appelle Marcelino, vit désormais avec des moines dans une félicité entière. C’est très intense et dramatique… Et nous réalisons en zappant que chaque chaîne propose pléthore de séries dans ce style!
En Asie aussi, les télénovelas sud-américaines étaient très populaires et je me demande pourquoi marchent-elles sur trois continents mais ne sont pas connues en Europe.

En me rendant à la réception de mon hôte, je réalise alors que la réceptionniste aussi est fan de cette série et suit avec intensité les aventures de Marcelino.

Bref, une fois cet interlude télévisuel passé, je rejoins l’équipe du camp. Il est temps de redevenir sérieux (ou pas). Une fois sur le terrain, il se met à pleuvoir.

Sous la pluie, les équipes de filles s’affrontent. Quelques gouttes d’eau ne semblent pas les émouvoir et elles se démènent avec panache, sous les encouragements de centaines d’enfants qui suivent leurs matchs avec enthousiasme.

Je donne ensuite mon atelier. Nous improvisons un petit spectacle pour les participant-e-s du club de dessin et les filles s’en sortent à merveille, ce qui est assez admirable après seulement deux après-midis de pratique.

Puis, une fois la journée terminée, je retrouve Nicolas qui se remet gentiment de ses émotions.

21 juillet 2026 – Un groupe de filles extraordinaires

Deuxième jour du camp. Alors que Myriam donne son atelier de dessin, je débute la journée en donnant mon atelier d’improvisation théâtrale avec mon petit groupe.

Les filles sont incroyablement talentueuses. Je découvre des personnalités imaginatives, créatives et drôles. De futures actrices en devenir. Aliyah, Imani, Mamco, Lima, Leyla, Madouce, Fatima, Sarah, Faozia, Mevo – toutes ont de sublimes prénoms mais toutes ont également des talents bien à elles et je fais connaissance avec ce petit groupe unique.

Le challenge est de taille : nous avons seulement 4 jours pour monter un petit spectacle, alors que nous répétons dans des conditions rudimentaires. Si j’avais la chance de pouvoir leur donner des cours annuels, elles seraient des rock-stars, pour sûr.

Bref, elles sont super et je passe un magnifique moment !

A midi, nous mangeons du foutou, une purée dense et élastique à base de banane plantain et de manioc pilé que nous mangeons avec de la sauce arachide. C’est un délice et je me dis immédiatement que je dois trouver un livre de recettes à ramener dans mes bagages.

L’après-midi, les matchs de foot des adolescents s’enchaînent. Les garçons se donnent à fond et nous les voyons sauter, bondir et courir après le ballon avec autant d’énergie que des joueurs professionnels.

Puis, vers 17h, on range et on file se doucher. A nouveau, la journée a été riche en sueur et en poussière.

Le soir venu, nous passons une soirée tranquille sous la palmeraie.

Un an après, bilan : l’âge

Voici presque un an que j’ai quitté Hong Kong. Il est temps de faire le bilan. Une petite série d’articles suivra donc sur cette année déroulée en terres helvétiques !

Le premier bilan : l’âge !

Quand j’ai déménagé à Hong Kong, j’avais 33 ans. Nous étions en 2018. Le Brexit n’avait pas eu lieu. La Reine d’Angleterre était encore en vie. Je n’avais jamais entendu le mot « Covid ». Je ne savais rien sur la couleur des parapluies. Je n’avais jamais entendu le mot « iel » ni « banger ».

Je suis arrivée dans un monde où l’âge ne comptait pas. Je ne sais pas si c’est Hong Kong, le petit monde des expats ou mon expérience à moi… mais pendant 6 ans, on en avait rien à faire de l’âge des gens. Je me suis fait des amis de 25 ans ou moins. Des amis de 60 ans ou plus. Pendant 6 ans… tout ce qui comptait, c’étaient les gens. Qui ils étaient. Pas le nombre de bougies sur leur gâteau d’anniversaire ! On ne se demandait pas qui était vieux ou jeune. Et du coup je me sentais juste moi-même !

Puis, je suis rentrée en Suisse. Et là, par la force des choses, j’ai réalisé que les gens se classaient par âges. On fréquente nos contemporains (à l’exception de ses parents… ou des membres de sa famille).

Naïfs et encore frais de notre expérience hongkongaise où on fait ce qu’on veut sans se demander si on a dépassé la date limite, nous avons alors intégré une nouvelle équipe d’impro. Et là, nous avons débarqué dans un groupe adorable de gens plutôt jeunes. Qui utilisait un vocabulaire et des codes qui m’étaient mystérieux. Qui me posaient des questions étranges du type : y avait il beaucoup de neige à ton époque ? Qui ont poussé un cri horrifié quand j’ai avoué mon âge ! Et qui me parlaient comme si j’étais un vieux loup de mer, une pipe au bec qui leur racontait de vieux contes oubliés ! Bref. Le temps faisant, les choses se sont allégées. Je suis toujours la daronne du groupe… mais ils me parlent enfin normalement. Et moi j’apprends pleins de choses et c’est génial !

J’aimais cette mixité d’âge à Hong Kong et j’espère ne pas m’en défaire ici !