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A propos Karine

Fraîchement expatriée à Hong-Kong, c'est avec une curiosité grandissante que je parcours ma nouvelle ville. Toujours prête à dénicher les endroits secrets, les bons plans, les anecdotes croustillantes, j'anime mon blog personnel où je raconte mon quotidien, mes découvertes, mes surprises et mes aventures à Hong-Kong : https://hotfonduepot.com/! Pour me suivre en image, ça se passe sur Instagram, sur @hot.fondue.pot!

24 juillet 2026 — Nature incroyable et piments

En ce vendredi, jour sacré pour la communauté musulmane, le camp marque une pause matinale jusqu’à la grande prière collective prévue vers midi. Nous profitons de cette parenthèse pour explorer les environs de notre hôtel.

Dès le petit déjeuner avalé, nous rejoignons la rue principale. Nous passons devant un petit marché proposant des piments verts et rouges. Nicolas s’arrête prendre quelques photos, suscitant l’étonnement des vendeuses. Je ris intérieurement, me disant qu’en effet, si des touristes photographiaient un stand de pommes de terre au marché de ma ville, je serais également surprise. Plus loin, un arbre spectaculaire est recouvert de dizaines de nids d’oiseaux, suspendus aux branches, comme des nids de Marsupilamis miniatures, assiégés par un tourbillon de perroquets jaune citron. Leur cacophonie est assourdissante, vibrant dans l’air chaud.

Nous débouchons sur l’artère principale où sont alignés poissonneries, centres esthétiques, magasins de perruques, couturier, menuisier, maquis et restaurants. Les façades des échoppes sont ornées de fresques colorées. Les gens sont très calmes et accueillants, nous saluant avec chaleur.

Des voitures passent et à l’arrière, elles sont toutes décorées d’inscriptions colorées : Merci maman ; Pense à demain ; Dieu est grand, etc. Chaque véhicule est personnalisé de son petit mantra.

Après cette immersion urbaine, nous rebroussons chemin pour rejoindre la nature. La route bitumée laisse place à une piste de terre ocre qui s’enfonce vers la forêt. Un vieillard sympathique nous serre la main.

Soudain, deux immenses termitières surgissent au détour de quelques arbres. C’est une première pour moi. Elles ressemblent à des châteaux mythologiques. En Côte d’Ivoire, il y a plus d’une centaine d’espèces de termites, me dit mon ami Google. Et je suis estomaquée par la beauté de leur habitat.

Dans les bosquets environnants, des fleurs aux couleurs splendides poussent. Nous apercevons également des escargots gigantesques, à la coquille torsadée. Il s’agit d’escargots géants africains qui peuvent mesurer jusqu’à 30 centimètres de long et atteindre un kilo. Ceux que nous observons, faisant une quinzaine de centimètres, sont déjà impressionnants.

Puis, nous arrivons jusqu’à une petite bourgade appelée Inproville. Ça n’a évidemment rien à voir avec l’impro, il s’agissait d’un quartier qui logeait les employés de l’entreprise Inprobois… mais le clin d’œil me fait rire. Adzopé est en effet un centre majeur de l’industrie et du commerce du bois en Côte d’Ivoire et nombre de nos parquets en teck en Europe viennent de là !

Après notre petite balade, nous sommes en nage. Il fait chaud et humide. Nous sautons donc sous la douche avant de rejoindre notre équipe pour le camp.

L’après-midi, nous nous dédions aux activités créatives : ateliers de dessins, cours d’impro. Les enfants sont présents et motivés.

Puis, après les ateliers, je goûte une nouvelle spécialité : une soupe pimentée avec des morceaux de peau de vache (la graisse sous-cutanée de l’animal). La texture est étrange, fondante et gluante. C’est extrêmement épicé, mais… pour une raison qui m’échappe, je la bois comme s’il s’agissait d’un liquide ordinaire.

Grossière erreur… mon estomac m’en voudra par la suite…

23 juillet 2026 – Danse, danse, danse !

Nous prenons nos habitudes et arrivons au terrain après notre royal petit déjeuner au milieu des oiseaux. J’ai l’impression d’avoir déjà vécu deux vies dans ce petit coin de pays, tant tout ce qu’on expérimente est intense !

Je donne mon traditionnel cours d’impro avec ma fantastique petite troupe. Les filles sont tellement enthousiastes que nous décidons de poursuivre dans l’après-midi.

Puis, l’heure du repas de midi approche. La distribution des 300 repas se fait dans une chorégraphie savamment maîtrisée ! C’est tout un art : les femmes cuisinent toute la matinée dans la cour, dans de grosses marmites à ciel ouvert. Elles répartissent alors les 300 portions et l’un des membres de l’équipe vient chercher le tout dans un petit véhicule. Il fait autant d’allers et retours que nécessaire. Tout est ensuite aligné dans une salle de classe. Et les enfants entrent alors, les uns après les autres, attendant la distribution. C’est un point difficile. Parfois, davantage d’enfants arrivent… et il faut gérer ce large afflux, dans le calme et la bonne humeur, ce que notre équipe fait à merveille.

Après le repas, un battle de danse est organisé sur le terrain.  Une toute jeune enfant éblouit le stade tant elle danse bien. Les garçons les imitent alors et le stade prend des airs de fête !

Je retrouve ensuite les filles. Mais, au milieu d’un exercice, des trombes d’eau s’abattent sur les toits de tôle dans un boucan infernal. L’air s’alourdit et la chaleur devient plus palpable, comme si elle prenait corps. Un robinet céleste s’est ouvert au dessus de nous et la pluie est digne des « showers » qui tombaient sur Hong Kong en été. Nous n’entendons plus rien et je me demande comment font les enseignants quand c’est la grande saison des pluies. Tout gondole : mes feuilles, le livre dans mon sac. L’humidité se glisse de partout et nous patientons, le temps que le ciel se calme.

Lorsque la nuit tombe, les dernières gouttes se posent sur le sol. Nous nettoyons le terrain. Les sachets d’eau baignent dans des flaques, rendant l’exercice nettement moins agréable.

Le soir, nous mangeons du poisson grillé et de l’attieke. Malgré les cours de la journée, on se sent vraiment en vacances !

22 juillet 2026 – Insolation et amours parfaits

Ce matin, Nicolas est patraque. Il a attrapé une insolation. En attendant qu’on vienne me chercher, nous découvrons avec délice l’une des passions télévisuelles ivoiriennes : les télénovelas sud-américaines !

Nous tombons donc sur la série Amour parfait, une télénovela brésilienne, aussi kitsch que dramatique… tout ce que j’aime… et dont voici le pitch : « En 1934, Marê, diplômée en commerce, retourne à San Jacinto pour reprendre l’hôtel familial. Son père Leonel la force à épouser Gaspar, un homme malveillant qui menace de révéler sa relation avec Orlando, un médecin noir. Gilda, la belle-mère ambitieuse de Marê, complote avec Gaspar pour assassiner Leonel et faire accuser Marê afin de s’emparer de l’héritage familial. Marê, enceinte, est emprisonnée et son enfant lui est retiré. Après huit ans, libérée, la jeune femme revient à São Jacinto pour se venger de Gilda, récupérer son héritage et retrouver son fils, avec l’aide de Júlio, son ami d’enfance amoureux d’elle. »

L’enfant, qui s’appelle Marcelino, vit désormais avec des moines dans une félicité entière. C’est très intense et dramatique… Et nous réalisons en zappant que chaque chaîne propose pléthore de séries dans ce style!
En Asie aussi, les télénovelas sud-américaines étaient très populaires et je me demande pourquoi marchent-elles sur trois continents mais ne sont pas connues en Europe.

En me rendant à la réception de mon hôte, je réalise alors que la réceptionniste aussi est fan de cette série et suit avec intensité les aventures de Marcelino.

Bref, une fois cet interlude télévisuel passé, je rejoins l’équipe du camp. Il est temps de redevenir sérieux (ou pas). Une fois sur le terrain, il se met à pleuvoir.

Sous la pluie, les équipes de filles s’affrontent. Quelques gouttes d’eau ne semblent pas les émouvoir et elles se démènent avec panache, sous les encouragements de centaines d’enfants qui suivent leurs matchs avec enthousiasme.

Je donne ensuite mon atelier. Nous improvisons un petit spectacle pour les participant-e-s du club de dessin et les filles s’en sortent à merveille, ce qui est assez admirable après seulement deux après-midis de pratique.

Puis, une fois la journée terminée, je retrouve Nicolas qui se remet gentiment de ses émotions.

21 juillet 2026 – Un groupe de filles extraordinaires

Deuxième jour du camp. Alors que Myriam donne son atelier de dessin, je débute la journée en donnant mon atelier d’improvisation théâtrale avec mon petit groupe.

Les filles sont incroyablement talentueuses. Je découvre des personnalités imaginatives, créatives et drôles. De futures actrices en devenir. Aliyah, Imani, Mamco, Lima, Leyla, Madouce, Fatima, Sarah, Faozia, Mevo – toutes ont de sublimes prénoms mais toutes ont également des talents bien à elles et je fais connaissance avec ce petit groupe unique.

Le challenge est de taille : nous avons seulement 4 jours pour monter un petit spectacle, alors que nous répétons dans des conditions rudimentaires. Si j’avais la chance de pouvoir leur donner des cours annuels, elles seraient des rock-stars, pour sûr.

Bref, elles sont super et je passe un magnifique moment !

A midi, nous mangeons du foutou, une purée dense et élastique à base de banane plantain et de manioc pilé que nous mangeons avec de la sauce arachide. C’est un délice et je me dis immédiatement que je dois trouver un livre de recettes à ramener dans mes bagages.

L’après-midi, les matchs de foot des adolescents s’enchaînent. Les garçons se donnent à fond et nous les voyons sauter, bondir et courir après le ballon avec autant d’énergie que des joueurs professionnels.

Puis, vers 17h, on range et on file se doucher. A nouveau, la journée a été riche en sueur et en poussière.

Le soir venu, nous passons une soirée tranquille sous la palmeraie.

20 juillet 2026 — Premier jour de camp

Nous commençons la journée sous les palmiers, pour y prendre notre petit-déjeuner : une omelette aux herbes délicieuse et assaisonnée à la perfection, comme tout ce que nous avons mangé jusque là! Au-dessus de nous, des oiseaux colorés nichent. L’air est déjà lourd. Je sens qu’on va suer…

Une fois prêts, nous rejoignons l’équipe du camp. Ils sont tous rassemblés sur un immense terrain de football faisant face à des salles de classe, coiffées de toits en tôle. Deux tentes ont été installées sous les côtés. Un bosquet d’arbres sur la gauche offre un peu de fraîcheur. Il y a encore et toujours des margouillats qui se baladent pour mon plus grand bonheur !

Dès notre arrivée, nous sommes assaillis par trois cents enfants qui attendent, les yeux brillants, que les activités commencent. Cette semaine, c’est tout un programme qui va leur être offert : tournois de football masculin et féminin, courses d’athlétisme, battles de danse, mais aussi ateliers créatifs, comme le dessin, un atelier d’écriture ou l’improvisation théâtrale que j’animerai. Les moniteurs sont au taquet, prêts à accompagner les enfants durant ces six jours.

Ce camp est gratuit, et il draine toute la jeunesse du quartier, sans distinction — garçons et filles. Des gamins se pressent autour de nous, certains sont hauts comme trois pommes, d’autres sont de magnifiques ados aux immenses jambes. Depuis nos débuts en 2020, l’engouement ne cesse de croître. Chaque année, nous sommes dépassés par l’enthousiasme, un défi que nous relevons avec les moyens du bord, car notre équipe et nos ressources ne sont pas extensibles. Mais c’est difficile de repousser des enfants dont le camp est la seule activité spéciale de tout l’été. On fait donc comme on peut et on essaie d’accepter tout le monde, même si c’est compliqué…

Parmi nos coachs, en plus des frères Koné, certains sont d’anciens participants qui ont commencé à venir au camp lorsque nous l’avons créé il y a six ans, et qui font désormais partie de nos encadrants, ce qui rend le tout encore plus sympa et vraiment familial.

Une fois les équipes formées, nous distribuons maillots et chaussures aux enfants (des claquettes transparentes en plastique qui me rappellent mes vacances lorsque j’étais petite). La plupart ont l’habitude de se déplacer ou même de jouer pieds nus — ce qui me sidère… comment font-ils pour ne pas se casser les orteils ou se brûler la peau sur le bitume tout chaud ?

Puis, vers onze heures, lorsque tout le monde est équipé, les premiers matchs de foot junior commencent. L’ambiance devient électrique. Ils choisissent des noms d’équipes rigolos : le FC Genève, par exemple, fait face au club de Nyon ! Autour du terrain, la foule vibre. Un présentateur, micro à la main, commente chaque action avec humour et dans un débit hyper rapide, tandis qu’une musique rythmée transforme le stade en une scène de fête. Il y a de l’ambiance !

En parallèle, je crée une équipe pour m’aider à nettoyer les abords du terrain. Ici, la gestion des ordures est très différente de la Suisse ; il n’y a pas de poubelles — et, si la plupart des objets sont réutilisés, pour les déchets tels que le plastique, il est normal de les jeter par terre. Mais dès que je commence à ramasser, les enfants m’imitent spontanément, ce qui est une bonne chose. Nous voulons rendre un terrain impeccable à M. Silué.

À midi, trois-cents repas sont distribués. Notre équipe de cuisinières a préparé, dans des conditions rudimentaires, du riz gras, un plat traditionnel ivoirien, à base de riz, de viande, de concentré de tomates et de petits légumes. C’est délicieux et bien épicé. C’est une sacrée prouesse de faire à manger pour autant, dans une cuisine extérieure et que tout soit si bon. L’eau est servie dans des sachets, qu’on perce… C’est la première fois que je vois cela.

Les enfants mangent, assis sur des murets… puis, les activités peuvent reprendre.

L’après-midi, la chaleur devient torride. Je m’installe dans l’une des salles de classe pour mon cours d’improvisation théâtrale. Une trentaine de jeunes filles s’y pressent, certaines si timides qu’elles osent à peine parler. Le choix est cornélien : nous ne pouvons en garder qu’une quinzaine pour que ce soit qualitatif. Les autres rejoindront Myriam, mon amie artiste peintre, pour le dessin. Bientôt, la chaleur devient étouffante sous le toit de tôle. Dans les rires et la sueur, nous prenons la décision de sortir. L’atelier se poursuit dehors, jusqu’à ce que la lumière commence à baisser vers 18 h. La douche du soir n’a jamais eu une telle saveur.

Le soir, nous nous dirigeons vers un maquis atypique : une place à ciel ouvert surmontée de poteaux sans toit, où nous dégustons un poisson braisé incroyable. Les poissons braisés et grillés sont des plats emblématiques de la Côte d’Ivoire. Servi avec l’attiéké (une semoule de manioc granuleuse qu’on mange avec les doigts et dont je suis folle), une sauce oignon-tomate accompagnée de piment et des allokos (des bananes plantains sautées), c’est un délice absolu. La cuisine ivoirienne mériterait d’être davantage connue tant elle est savoureuse.

Les maquis ont toujours la même configuration : des tables et des chaises en plastique, situées en extérieur, à côté de grands grills géants où sont préparés poissons, poulets, alloco et autres mets… et les boissons sont placées dans des espaces à part, souvent fermés ou grillagés. Des petits robinets ou des seaux d’eau sont positionnés à certains endroits pour se laver les mains, puisqu’on mange avec les doigts. Ça ne paie pas de mine et pourtant, ce sont des lieux incroyables !

Sous les tables, des chats que je glisserais bien dans mes valises slaloment et attrapent les arêtes des poissons.

Toute l’équipe de Yélé d’Adzopé est réunie. Sous la voûte étoilée, nous faisons connaissance (et ils découvrent avec effroi ma propension à poser des questions alors qu’ils sont plutôt calmes et taiseux). Mais nous rions beaucoup et sommes heureux de la semaine à venir.