28 août – Les jardins suspendus

J’attends le bus. Face à moi se trouve un immeuble immense et sans charme. Seul ornement, un petit balcon suspendu qui doit se trouver au troisième étage de la bâtisse. Mais le propriétaire en a pris soin. Des dizaines de plantes en pot verdissent la grisaille.

Sur l’un des arbres, soudain, se pose un joyeux oiseau. C’est un Bulbul orphée reconnaissable avec sa queue rouge et sa petite crête de punk. Il chante, chante, chante la semaine qui débute.

Les passants lèvent les yeux de leur téléphone. Un brin de poésie matinale.

03 février – Accrochage

A Hong Kong, le commun des mortels n’a pas de voiture. Les transports publics ici sont si efficaces et les places de parking si chères que conduire n’a pas d’intérêt… à moins de vivre à Clearwater Bay.

Seuls les utilitaires, les taxis et les transports publics sillonnent donc les rues… ainsi qu’une mince frange de la population qui possède de très très belles voitures.

De ce fait, lorsqu’un accrochage survient – ou une dispute a un feu rouge – on a rapidement l’impression de se retrouver dans Fast and Furious ou dans Gran Torino.

Ce matin, en bas de chez moi, une femme assise au volant d’un cabriolet décapotable gris métallisé rutilante tente de sortir de sa place de parc. Mais une Maserati jaune poussin, juste derrière elle l’en empêche tandis qu’une Tesla patiente en double file. Ca klaxonne. Ca hurle. Ca crie quelques insultes ce qui est assez cocasse puisque j’ai l’impression d’être dans la halle B du Salon de l’Auto de Genève, les hôtesses en moins.

17 janvier – Humus

Hier soir, assise sur mon canapé, j’ai senti une drôle d’odeur. Celle de l’humus et des feuilles en décomposition.

Je me suis levée. J’ai cherché, ai reniflé toutes mes plantes avant de trouver la cause. Mon tabouret en bois sur lequel j’avais posé temporairement une plante avait commencé à moisir.

Pourtant, j’avais posé un chiffon entre le vase et le socle… et j’avais laissé tourner le déshumidificateur. Ca n’a apparemment pas suffit. La planche était noire, striée de lignes étranges. Elle avait commencé à prendre vie.

Ici, l’humidité ne nous laisse aucun répit.

12 janvier – Un petit quelque chose de différent

Je salue le garagiste qui officie en bas de chez moi. Il est debout sur le trottoir et porte un pneu en direction d’un véhicule garé juste en face de sa boutique. Il hoche la tête en me voyant, à son habitude, avant d’esquisser un sourire.

Mais un point me turlupine. Aurait il changé de coupe de cheveux ? Se serait il rasé la barbe ? Il y a quelque chose d’inhabituel dans son apparence.

Je continue ma route tout en réfléchissant longuement sans réussir à pointer du doigt le détail en question.

Puis, tout à coup, en entrant dans l’ascenseur, cela me revient. C’est la première fois que je le vois sans masque !

04 janvier – Les bords du lit

Cette nuit, j’ai risqué me casser la jambe en sortant du lit.

Non, je ne dors pas dans un lit à étages. Non, je n’ai pas un lit à baldaquin ultra-sophistiqué… Je vis simplement à Hong Kong. Et j’avais oublié qu’ici, il n’y a pas d’espace pour pouvoir marcher autour de son lit. Que si je veux ouvrir mon tiroir à chaussettes, je dois demander à Nicolas de sortir de la chambre. Que les tables de nuit nous semblent des objets d’un exotisme bouleversant.

Je me suis donc bêtement cogné contre le rebord de la fenêtre en voulant aller aux toilettes.

Comme quoi, on se réhabitue vite à l’espace.