12 août – Une symphonie d’accents

Je mange aujourd’hui avec mon ami Tony, un Australien qui apprend le français — et nous échangeons entre l’anglais et la langue de Molière. Quand je lui explique mon désespoir de parler anglais avec un accent aussi teinté de francophonie, il me regarde et me dit : «C’est un concept purement français que de croire qu’il y a une bonne manière de prononcer les mots… tant que ton interlocuteur te comprend, tu peux considérer que tu as un bon accent!».

Je le fixe, un peu perplexe, mais on continue de débattre et il arrive à me convaincre. C’est vrai qu’entre l’accent australien, américain, canadien, néo-zélandais, écossais, sud-africain, anglais, indien et plus encore… qui sont tous très différents les uns des autres, qui peut dire quel est le bon accent ? Est-ce que rouler les r comme un Écossais ou comme un Indien, arrondir les voyelles comme un Londonien ou en avaler d’autres comme un Américain serait juste ou faux ?

Tony me parle alors de l’Académie française qui décide des mots qui sont corrects ou non en français. Le concept n’existe pas en anglais (et Dieu merci…) et la langue évolue et vit librement selon les régions où elle est pratiquée.

Quand je pense à mes amis français de Hong Kong qui rient (gentiment, je vous rassure – et je les aime quand même) parce que je dis vingt en prononçant le — « t » à la fin… qui haussent un sourcil lorsque je dis septante, calosse ou chenis… ou qui me déclarent que j’ai un accent suisse — ce qui déjà est une hérésie… j’ai un accent vaudois, l’accent suisse n’existe pas — tandis que  pour moi, ce sont eux qui ont un accent parisien… je me dis qu’on devrait tous avoir l’ouverture d’esprit de Tony et accepter que les accents, c’est une superbe preuve mélodique de notre héritage culturel… et que rien n’est juste ou faux !

N’empêche que… bon accent ou pas… quelle galère que de prononcer « throughout » (et sans postillonner, merci…)!

10 août – L’heure kafkaïenne

Le soir, en rentrant à la maison, la tentation est grande de lever les yeux vers le ciel, de regarder les néons clignotants, les boutiques illuminées et les buildings.

Pourtant, quitter des yeux le trottoir est une erreur de débutant. Dès que la nuit tombe, les cafards se joignent aux badauds et batifolent entre les pieds pressés.

Ils sont généralement gros… de la taille d’une pièce de cinq francs environ, et ils sont vifs. Ils surgissent sans qu’on s’y attende. Et il ne faut surtout pas les écraser… non ! Déjà parce que ça fait un bruit dégoûtant… mais surtout parce que si on écrase une cafarde pleine d’oeufs, ceux ci se colleront sous vos chaussures et écloront dans le confort de votre meuble à chaussures. Une très très mauvaise idée.

09 août – Des toasts français?

Après les swiss wings et les swiss rolls, voici une autre spécialité avec un nom d’ailleurs – qui pourtant est typiquement hongkongaise, j’ai nommé, les French Toasts!

Pour ce faire :

  • prenez deux tranches de pain toast (du pain blanc, moelleux, pas les toasts à la farine complète…) ;
  • étalez entre les deux tranches une portion bien généreuse de beurre de cacahuète ;
  • trempez ensuite le sandwich dans de l’œuf battu…
  • faites frire le tout à feu vif dans une poêle garnie de beurre ;
  • une fois cuit, arrosez votre sandwich de lait concentré… et le tour est joué!
  • Les plus courageux pourront encore rajouter un carré de beurre dessus…
Photo@Wikimedia Commons

Si des Français me lisent, ils doivent s’indigner derrière leur ordinateur! Comment les inventeurs de la baguette pourraient créer une spécialité pareille? Eh bien, je vous rassure. En cantonais, le french toast, ça se traduit : sai doh si… alias toast occidental. Au moins, ce n’est pas associé à la France!

Bref, en résumé, cette recette de pain perdu made in Hong Kong est l’une des recettes phares des caa caan teng de Hong Kong – ces petits cafés mixant cuisine hongkongaise et anglaise. J’en ai goûté une fois… et ce n’est pas véritablement ma tasse de thé… mais moi et le lait (condensé ou non), cela fait deux. C’est aussi un toast idéal pour ceux souhaitant faire exploser leur taux de cholestérol!

Mais voilà, c’est un classique!

08 août – Les genoux de Lilly

Ce soir, je m’accorde un petit plaisir… je vais me faire faire un massage thaï. J’ai mal au dos, alors cela tombe à pic.

En arrivant sur les lieux, je rencontre Lilly, ma masseuse du jour. Lilly est une femme plutôt menue, 1m60 tout au plus, avec de longs cheveux noirs et une frange qui lui tombe sur les yeux. À côté d’elle, j’ai l’air d’une géante disproportionnée.

Je m’installe, mets le t-shirt et le short prêtés par l’institut (pas de massages en sous-vêtements ici…). Nous « discutons » brièvement… mais c’est assez sommaire puisqu’elle ne parle pas anglais et que mon vocabulaire en cantonais concernant les parties du corps reste à améliorer. Sans plus attendre, Lilly commence à me planter ses phalanges et ses doigts dans les recoins de ma colonne. Elle sait immédiatement où appuyer. Nœuds… tensions… rien ne lui échappe et je quitte mon corps dans un nuage de bien-être et de douleurs.

Soudain, je sens qu’elle monte sur la table de massage. Elle m’enjambe, s’assied sur moi et me plante ses coudes le long de ma colonne. Je cesse de respirer.

Au bout de quelques minutes (ou heures, je ne sais plus…), elle se lève et dans un mouvement que j’imagine digne de la finale de gymnastique des JO de Tokyo (j’ai toujours la tête plantée dans la table), elle me grimpe littéralement dessus et ce sont ses genoux qui remontent le long de mon dos… se plantent là où mes nerfs sont les plus tendus. Si ça fait extrêmement mal, ça fait vraiment du bien en même temps.

Je sors de là, mes douleurs dorsales se sont évaporées. Je flotte. Mon corps ne pèse plus rien.

Lilly est une magicienne !