08 novembre – Être étrange et étranger

Depuis que je vis à Hong Kong et que moi-même je suis une étrangère, je pense souvent aux étrangers en Suisse que je n’ai pas accueilli comme j’aurais dû le faire.

Je pense à ma collègue, qui venait d’arriver d’Allemagne et qui ne connaissait personne – à qui je n’ai même pas pensé proposer un repas ou une sortie en dehors du travail. Je pense à ces étudiants Erasmus que je voyais chaque jour à l’Université, qui ne savaient pas toujours comme se débrouiller et à qui je n’ai pas spontanément proposé mon aide. Ou encore à ces expat anglophones, perdus à Genève, que j’ai jugé car « ils n’essayaient pas de parler français… », et qui se regroupaient le weekend. Je pense à ces touristes nageant dans un environnement français parfois rude… et à tous ceux sur qui j’ai jeté des stéréotypes et des clichés !

Il a fallu que je m’expatrie, que moi-aussi je fasse face à la solitude des ailleurs, que je me heurte à la barrière de la langue, aux gens très sympas mais qui ont déjà des amis et une vie… aux blagues qui vont plus vite que mon niveau d’anglais… aux termes chinois qui ont différents sens… pour que je réalise que s’installer dans un autre pays est un grand recommencement teinté de craintes et d’isolement. Que se retrouver avec ses compatriotes n’est pas forcément un signe de fermeture d’esprit – que cela fait du bien de temps en temps, que c’est reposant… et que tous ces étrangers installés ailleurs sont gens courageux.

05 novembre – Le garagiste de ma rue

Hier, j’ai parlé de la couturière qui travaille dans ma rue. Aujourd’hui, je vais donc vous parler d’un autre monsieur qui fait partie de mon quotidien : le garagiste !

Pour rentrer chez moi, je passe chaque jour devant le garagiste. Son échoppe est surprenante. Elle est minuscule, remplie de matériel du sol au plafond. Au fond, une échelle mène à un étage supérieur (et je suis intriguée par ce qui s’y trouve).

Lorsqu’une voiture arrive pour se faire réparer, il n’y a pas la place pour qu’elle entre dans le local comme dans les garages classiques. Elle reste donc sur la place devant le magasin et il la répare sur la rue.

Quand il n’a pas de client, il sort une petite chaise sur le trottoir et regarde les passants, mange quelque chose, papote avec ses amis qui lui rendent visite. Et, à chaque fois que je passe, il me salue et me sourit.

Je n’ai pas de voiture à faire réparer mais je l’aime beaucoup, ce voisin de quartier !

04 novembre – Chez la couturière

La couture de ma veste et celle de mon pantalon ont rendu l’âme. Je descends donc dans l’antre de la couturière qui officie au bas de ma rue. Quand on entre dans son magasin, elle ne sourit pas et reste muette. Rapide, elle analyse les pièces à réparer. Elle les palpe, écrit le prix sur un papier, le tout sans un mot. Je n’ai plus qu’à attendre.

Pendant qu’elle coud, j’observe son atelier dans lequel se répand une pop chinoise mielleuse. Des plantes sont posées sur des étagères, dans de vieilles bouteilles en plastique. Ses machines à coudre semblent dater de l’avant-guerre. Au sol, se trouvent des tonnes de tissus, de vêtements, de boîtes de thé.

Pour 60HKD (environ 7 CHF), elle recoud ma veste et mon pantalon. Quand je pars, elle ne m’adresse ni salutations ni sourire malgré mes pénibles efforts de converser. Je me demande même si elle parle le cantonais.

Mais peu importe car elle est d’une efficacité redoutable !

03 novembre – Légumes et tralala

Ca fait un moment que je me casse la tête avec les courses. Hong Kong est un tout petit territoire… aussi petit que le canton de Fribourg mais avec 8 millions d’habitants. L’équivalent de toute la Suisse. Ce n’est pas grand et il n’y a donc pas d’énormes espaces cultivés !

Compte tenu de ces difficultés géographiques, la majorité des aliments sont importés. USA, Europe, Australie, Nouvelle Zélande, Japon, Chine… tous les pays du monde se retrouvent sur les étals des marchés et des supermarchés et – ne sachant pas bien lire le chinois – c’est parfois super compliqué de savoir ce qu’on achète.

Puis, il y a deux semaines en me baladant à Kam Tin, je les ai vues, ces petites fermes hongkongaises. Et je me suis dit qu’il fallait que je m’y mette. Pour les encourager. Pour manger local et parce qu’écologiquement, ça n’a aucun sens de faire venir ses poivrons ou sa salade de l’autre bout du monde.

J’ai donc fait quelques investigations (merci Facebook) et je suis tombée sur la petite ferme Farmhouse Production, tenue par une Hongkongaise trop rigolote qui cultive ses légumes bios et qui a une passion pour les chats.

Chaque lundi elle envoie la liste de ce qu’elle a par WhatsApp. On lui dit ce qu’on veut… on paye et le mardi, elle nous livre les légumes à domicile, le tout sans emballage !

Aujourd’hui, j’ai eu des aubergines à la forme trop rigolote, des choy sum, des œufs, des raisins asiatiques, des patates douces, du gingembre et des courgettes poilues (hairy gourd)!

Je suis plutôt conquise.