Les températures ont baissé. Il fait environ 13 degrés, parfois moins la nuit, avec une humidité à 94%.
La ville entière suinte froidement et je suis frigorifiée. Dès que je rentre chez moi, je m’enroule dans ma couverture que je ne quitte plus comme une cape magique.
En ville, quelques hommes vendent du bric à brac sur le trottoir. Ils ont revêtu de grosses doudounes colorées, un bonnet et serrent leurs bras contre leur corps en attendant les clients. Je baisse les yeux vers leurs pieds : ils sont en tongs, les orteils au vent !
Gung hei fat choi ! San tai gin hong ! Long ma dzin saan ! Bonne année à tous ! Aujourd’hui, nous entrons dans l’année du Tigre d’eau ! Pour l’occasion, tout est fermé ! Les familles se retrouvent et dégustent de délicieuses spécialités.
Quand mon amie Samantha a appris que je n’avais pas de lo bak go – ce gâteau au radis emblématique du Nouvel An – pour passer le cap, elle sauté dans le métro pour venir m’en apporter. Dans une petite boîte, elle y avait glissé un morceau de lo bak go, un morceau de woo tau go – un cake au taro… et un morceau de yum cake, un gâteau malaisien aux crevettes ! « Comme ça, tu pourras tout goûter! m’a t’elle dit. »
Ce matin, pour le petit déjeuner, je prépare donc ces friandises sensées m’apporter prospérité et bonheur pour cette nouvelle année !
Ces gâteaux préalablement cuits vapeur doivent être légèrement frits avant d’être mangés ! Pour la version sucrée, il faut la tremper dans de l’oeuf avant de la cuire à la poêle !
J’ai trouvé cela tellement adorable ! Et d’une bienveillance extrême envers l’étrangère que je suis !
Je ne sais pas si ces gâteaux m’apporteront la prospérité mais j’espère que je n’oublierai jamais ce geste… et que moi aussi je pourrai un jour offrir un gâteau traditionnel à un étranger dans mon pays pour qu’il fasse de nos fêtes les siennes !
A Hong Kong, si nous avons quatre saisons, celles ci ne sont pas aussi différentes que nos saisons européennes.
Le printemps et l’automne sont très agréables. Les températures varient entre 25 et 27 degrés. Il ne fait pas trop humide. L’été, de son côté, c’est la « saison des pluies ». La ville se transforme en hammam et quelques typhons viennent faire escale sur la ville. Et puis en hiver, il fait « froid ». Les températures peuvent descendre jusqu’à 12-13 degrés.
Mais malgré cela, toute l’année la végétation reste fidèle à elle-même : verte et luxuriante. Jungles, forêts, bois ou buissons… tous gardent leurs feuilles et leurs couleurs vives. Tous… à l’exception d’un petit bois à quelques minutes de Yuen Long : le Sweet Gum wood, célèbre pour être un spot hautement Instagrammable.
La forêt est en effet habitée par le copalme d’Amérique, un arbre feuillu plutôt joli dont les feuilles se colorent en jaunes, oranges et rouges à l’arrivée de l’hiver.
Ce weekend nous sommes donc allés explorer les lieux. Si la zone est habituellement surpeuplée, nous étions un peu tard dans la saison. Les belles feuilles ocres trapissaient déjà le sol. Mais de mon côté, j’étais super contente. Le scroutch-scroutch des feuilles sous mes semelles et les arbres nus m’ont fait voyager sans quitter Hong Kong ! Le tout, en étant seuls au monde !
En sortant de chez mon amie C., je suis choquée. La rue est pleine de gens qui dorment dehors. Des personnes de tout âge… adolescents, petites mamies, adultes sont enroulés dans des sacs de couchage à même la rue. Ce n’est pas habituel et Nicolas et moi nous demandons vraiment ce qui a pu arriver à ces pauvres gens.
Le lendemain, j’en parle avec C qui me dit :
– Non, mais c’est à cause du magasin Nike Lab.
La boutique vend des produits très spécifiques. L’offre change régulièrement et tout est limité. Du coup, en fonction des produits proposés le lendemain, les gens dorment dehors pour être les premiers à les acheter!
– En fonction des modèles qui seront mis en vente, la queue est plus ou moins longue, continue C. Quand certains commencent à camper avant minuit, c’est que les modèles attendus sont ultra prisés ! Et il y a tout un commerce là autour puisque tu peux même payer quelqu’un pour faire la queue à ta place.
Le lendemain, à l’ouverture de la boutique, c’est la cohue. Certains achètent des produits, puis vont s’asseoir sur le trottoir d’en face pour revendre les paires immédiatement… (car la politique du magasin n’autorise qu’un certain nombre d’achats par personne).
… La société de consommation a encore de beaux jours devant elle !
Le Nouvel An chinois approche. Et il est donc temps de préparer nos petits lai see !
Pour rappel, les lai see, ce sont ces jolies enveloppes rouges que l’on distribue traditionnellement lors du Nouvel An chinois, dans lesquelles on glisse quelques billets.
Et tout est très codifié : les plus âgés en donnent aux plus jeunes, les mariés aux célibataires, les parents donnent aux enfants, parfois les patrons à leurs employés… ou on peut en donner à ceux qui nous rendent des services comme aux gardiens de l’immeuble, à une femme de ménage ou à un vendeur que l’on voit régulièrement.
La somme distribuée répond également à des critères précis. Si on peut donner une petite somme à une connaissance que l’on voit régulièrement mais que l’on connaît peu, on se doit d’être plus généreux avec les proches ou les personnes avec qui on travaille ou que l’on voit quotidiennement.
Pour l’anecdote, depuis que mon ami Ian s’est marié, il se terre à la maison pendant Chinese New Year ! « Ca coûte trop cher d’aller aux fêtes de famille, m’a t’il dit, outré. Tous mes cousins sont célibataires… ». C’est une technique…
Bref, lorsqu’on donne le lai see, on le fait à deux mains… en se courbant un peu… et on doit alors dire une des nombreuses formules pour souhaiter bonne année, telles que Gung Hay Fat Choi, San Tai Gin Hong, Long Ma Dzin San, etc.
Pour véritablement respecter l’étiquette, il faudrait même donner des billets neufs… mais là, pour le coup, c’est compliqué ! Il faut les commander en avance à la banque et comme je ne l’ai pas fait, eh bien c’est trop tard. Tant pis, je faillirai à l’étiquette totale cette année !