Nous habitons temporairement avec notre amie S. Elle déménage prochainement à l’étranger et loge chez nous en attendant.
S. est hongkongaise et elle est arrivée chez nous avec un lot d’accessoires mystérieux. De petites tasses en plastique multicolore attirent mon attention. Elles sont mignonnes et de tailles différentes… mais ne sont pas faites pour boire.
– A quoi ça sert ? lui demandais je curieuse.
– Chaque tasse permet de mesurer une portion de riz différente… en fonction du nombre de personnes ou du plat que l’on réalise.
Je secoue la tête ! Il m’en faut ! Je dose toujours mon riz dans des verres à eau sans savoir si les quantités sont correctes.
Samedi dernier, alors que je mange dans un hot pot avec des amis, je saisis une feuille de tofu (appelée tofu skin dans le jargon) que je trempe dans le bouillon.
En attendant qu’elle cuise, je tourne les yeux sur la salle. L’endroit est typique : tout est en chinois. On y mange sur de grandes tables dans lesquelles sont insérées une plaque électrique. Des réchauds frémissent aux quatre coins de la salle. Nous avons commandé des boulettes de poisson, des tranches de viande de la salade, du tofu, des champignons, etc. que nous mettons uns à uns dans le bouillon. Une patte de poulet flotte au milieu du mélange.
La cruelle peau de tofu
Derrière moi, une grande TV passe les résultats du Loto. Des clients boivent bruyamment de grandes bouteilles de bière.
Une fois ma feuille de tofu prête, je ne réfléchis pas une seconde. Je la porte immédiatement à ma bouche. Mais elle est si chaude que je me brûle.
4 jours plus tard, une charmante petite croûte orne ma lèvre…
Entre ça et mes jambes bleues et griffées, c’est la semaine du glamour.
Ce weekend, je suis un ami en randonnée. Celui-ci est un pro. Il connaît Hong Kong comme sa poche ! Pour varier les plaisirs, il décide de nous emmener sur un parcours de son cru. Un itinéraire unique et inédit. Je le rejoins donc à Sai Kung où nous commençons la marche sur la partie 1 du MacLehorse trail. Jusque-là rien de méchant. Mais soudain, il nous pointe un fourré.
– C’est là, dit il en se faufilant parmi une végétation dense.
On se glisse à sa suite… on soulève des branches, on se griffe sur des ronces. C’est à ce moment précis que je les aperçois : des immenses araignées, larges comme ma main, pendues aux arbres par dizaines. Mon stress augmente d’un cran. Je suis sûre que certaines sautent sur mon dos par sadisme. Tout me gratte mais c’est psychologique. Après une bonne demi-heure à frôler ces immenses bestioles, on débouche sur le bord d’un réservoir.
Personnellement, je n’ai jamais marché sur le bord d’un réservoir. Et là je comprends pourquoi : les roches sont friables comme de la craie. On pose le pied dessus, celles-ci se désagrègent… il faut donc être extrêmement vigilant. J’ai l’impression de marcher dans le désert du film Dune, en devant m’assurer de ne pas réveiller le ver de terre géant. Je tombe à plusieurs reprise et mes jambes se couvrent de bleus.
Nous arrivons près d’une presqu’île qu’il faut traverser. Celle ci est recouverte de petits buissons piquants. Je suis en short. De grosses griffures lacèrent ma peau.
Bon. A ce moment là, il faut bien l’admettre. Je peste un peu intérieurement. Il fait chaud et j’ai mal. Mais je continue vaillamment… Je réveille le MacGyver qui dort en moi. Le paysage est splendide…
Après deux bonnes heures à marcher en redoublant d’attention pour ne pas rouler dans le réservoir, nous arrivons au bas d’une pente recouverte d’herbes épaisses.
– C’est là haut! nous dit il.
On s’accroche aux brins qui se plient sous notre passage. Ca glisse. On tient bon. Puis finalement, allélujah ! La route !
Je suis recouverte de terre, de sang, de sueur. Par dessus le marché, j’ai réussi à me mettre de la crème solaire dans l’oeil. Je ressemble à Rocky après un match. On aura fait 5 kilomètres en 4h… mais il faut bien admettre que c’était sublime… et que c’est un parcours qui restera dans ma mémoire.
La petite échoppe en bas de ma rue vend des gâteaux aériens et peu sucrés qui sont vraiment très bons. La queue devant le magasin ne ment pas. Les parfums sont classiques : vanille, chocolat, sucre brun… j’aime tout ce qu’ils proposent. Alors quand la vendeuse me suggère d’essayer leur dernière création, je ne me méfie pas.
– Tsizy. Cheesecake!, me dit elle.
« Okay. J’aime bien les cheesecakes. Laissons-nous tenter! », me dis je intérieurement.
Arrivée à la maison, je mords dans ma tranche. Parfum vanille… certes. Quant au fromage, ils ont simplement glissé une énorme tranche de cheddar au milieu…