11 novembre – Décalage

– Ok, on se parle à 15h.

– Ok. Attends… 15h… mais c’est quelle heure chez toi ?

– Là en ce moment, c’est 6h30.

– Ha mais tu es matinale !

– Oui ! D’ailleurs, je file me préparer. A toute !

– Attends… quand tu dis 15h, tu parle de 15h Suisse ou de 15h Hong Kong?

– 15h Suisse !

– Parfait. 15h Suisse. 22h Hong Kong !

– Mais c’est pas 21h ?

– Non, on est passés à l’heure d’hiver. C’est +7 maintenant.

Les petits calculs de la communication à distance !

09 novembre – Petit écrin au cœur de Central

Il est midi. Je monte au deuxième étage d’un petit immeuble quelconque et je pousse la porte de la caverne d’Ali Baba.

Du sol au plafond, des livres sont entreposés. J’ai l’impression de pénétrer dans le labyrinthe de Gaston Lagaffe qui m’avait tant fait fantasmer enfant. Et là tout y est : des livres de cuisine dont j’ai une passion folle, aux romans, documentaires variés, albums et livres jeunesse, bandes dessinées, poches, magazines, classiques comme nouveautés. C’est le lieu de perdition de mon porte-monnaie.

Alors que je me balade dans les rayons, je dresse l’oreille. Quelques notes d’Option Musique, l’une de nos radios suisses, vibre dans l’air. Madeline, la patronne, est neûchateloise et du coup, je me sens doublement comme à la maison !

Bref, je ne suis pas une grande afficionado du shopping mais, je repars toujours de la librairie Parenthèse avec plus de bouquins que ce que j’imaginais.

Sarah Andersen – https://www.instagram.com/sarahandersencomics/

08 novembre – Être étrange et étranger

Depuis que je vis à Hong Kong et que moi-même je suis une étrangère, je pense souvent aux étrangers en Suisse que je n’ai pas accueilli comme j’aurais dû le faire.

Je pense à ma collègue, qui venait d’arriver d’Allemagne et qui ne connaissait personne – à qui je n’ai même pas pensé proposer un repas ou une sortie en dehors du travail. Je pense à ces étudiants Erasmus que je voyais chaque jour à l’Université, qui ne savaient pas toujours comme se débrouiller et à qui je n’ai pas spontanément proposé mon aide. Ou encore à ces expat anglophones, perdus à Genève, que j’ai jugé car « ils n’essayaient pas de parler français… », et qui se regroupaient le weekend. Je pense à ces touristes nageant dans un environnement français parfois rude… et à tous ceux sur qui j’ai jeté des stéréotypes et des clichés !

Il a fallu que je m’expatrie, que moi-aussi je fasse face à la solitude des ailleurs, que je me heurte à la barrière de la langue, aux gens très sympas mais qui ont déjà des amis et une vie… aux blagues qui vont plus vite que mon niveau d’anglais… aux termes chinois qui ont différents sens… pour que je réalise que s’installer dans un autre pays est un grand recommencement teinté de craintes et d’isolement. Que se retrouver avec ses compatriotes n’est pas forcément un signe de fermeture d’esprit – que cela fait du bien de temps en temps, que c’est reposant… et que tous ces étrangers installés ailleurs sont gens courageux.

05 novembre – Le garagiste de ma rue

Hier, j’ai parlé de la couturière qui travaille dans ma rue. Aujourd’hui, je vais donc vous parler d’un autre monsieur qui fait partie de mon quotidien : le garagiste !

Pour rentrer chez moi, je passe chaque jour devant le garagiste. Son échoppe est surprenante. Elle est minuscule, remplie de matériel du sol au plafond. Au fond, une échelle mène à un étage supérieur (et je suis intriguée par ce qui s’y trouve).

Lorsqu’une voiture arrive pour se faire réparer, il n’y a pas la place pour qu’elle entre dans le local comme dans les garages classiques. Elle reste donc sur la place devant le magasin et il la répare sur la rue.

Quand il n’a pas de client, il sort une petite chaise sur le trottoir et regarde les passants, mange quelque chose, papote avec ses amis qui lui rendent visite. Et, à chaque fois que je passe, il me salue et me sourit.

Je n’ai pas de voiture à faire réparer mais je l’aime beaucoup, ce voisin de quartier !

04 novembre – Chez la couturière

La couture de ma veste et celle de mon pantalon ont rendu l’âme. Je descends donc dans l’antre de la couturière qui officie au bas de ma rue. Quand on entre dans son magasin, elle ne sourit pas et reste muette. Rapide, elle analyse les pièces à réparer. Elle les palpe, écrit le prix sur un papier, le tout sans un mot. Je n’ai plus qu’à attendre.

Pendant qu’elle coud, j’observe son atelier dans lequel se répand une pop chinoise mielleuse. Des plantes sont posées sur des étagères, dans de vieilles bouteilles en plastique. Ses machines à coudre semblent dater de l’avant-guerre. Au sol, se trouvent des tonnes de tissus, de vêtements, de boîtes de thé.

Pour 60HKD (environ 7 CHF), elle recoud ma veste et mon pantalon. Quand je pars, elle ne m’adresse ni salutations ni sourire malgré mes pénibles efforts de converser. Je me demande même si elle parle le cantonais.

Mais peu importe car elle est d’une efficacité redoutable !