28 avril – Ventouses et glamour

Je suis chez le médecin chinois pour traiter ma toux qui ne part part. La praticienne me demande de me coucher sur le ventre.

– Je vais sortir les toxines de vos poumons, me dit-elle.

Elle sort d’un meuble une coupe en verre, allume un briquet. Pour la suite, je ne sais pas… j’ai le visage plaqué contre la table. Soudain, elle pose la ventouse sur mon dos. Jusque là, ça va.

Les ventouses chinoises sont un élément essentiel de la médecine traditionnelle chinoise. Les premiers usages remontent d’ailleurs à -1550 av. J.-C. Elles se posent sur la peau le long des points d’acupuncture. Par effet de vide d’air, la ventouse aspire la peau qui gonfle immédiatement dans la cloche en verre.

– Il y a deux manières de poser des ventouses, me dit-elle. Pour certaines affections, on en pose plusieurs et on laisse reposer. Ce qui fait des cercles rouges sur le dos des patients. Et là je vais masser une zone avec une ventouse.

Elle déplace donc la ventouse de haut en bas le long de ma colonne, comme une sorte de massage vigoureux. J’en ai le souffle coupé. Ça fait mal. Très mal. Mais en même temps, paradoxalement, j’ai l’impression que ça me soulage.

Selon les principes de la médecine chinoise, avoir mal est une bonne chose. C’est le signe que la ventouse (ou l’aiguille d’acupuncture) est au bon endroit.

A la fin de la séance, je me relève.

– Le bleu restera 3-4 jours, me dit-elle.

Je repars avec un petit sachet d’herbes et un tatouage dorsal plutôt impressionnant.

13 mars – Port aux Parfums

Voilà 10 jours que nous pouvons sortir sans masque. Depuis, à chaque instant je m’enivre des odeurs propres à la ville.

Odeurs fumées sortant des cuisines, eau stagnante, fleurs, pollution aussi un peu, effluves de mer et d’humidité… soupes… parfum de savon près des laveries, cafés brûlants… fumets des eggettes qui cuisent… celui, métallique, de la viande sur les étals, dai pai dong sur les trottoirs ou gâteaux chiffons.

Hong Kong reste toujours le port parfumé, celui qui affole nos sens.

14 février – Chronique d’une comédie musicale

Lundi, 12h15. Nous entrons dans le Y Theatre où nous jouerons notre comédie musicale en mai. La pièce, Mer Calme, est inédite, composée par Nasthasia Faure et mêlera théâtre, chants et danse.

Quand je vois la salle, je retiens un petit cri. C’est beau. C’est beau et c’est immense. Un balcon surplombe la salle. Plus de 500 sièges en tissu bleu.

Les coulisses sont un dédale de couloirs. Dans les loges, les fameuses petites lampes qui surplombent les miroirs. Et des photos en noir et blanc de célébrités.

Je suis nerveuse et excitée à la fois.

11 février – Ex-machina

Après plusieurs jours d’appels et de tentatives d’organisation avec notre propriétaire, deux techniciens passent à la maison pour vérifier l’état de la machine. Ils repartent aussi sec après l’avoir sortie de son emplacement. « Nous allons revenir, me disent-ils. » Ils ne reviennent pas.

Dans l’après-midi, un autre technicien débarque. Ce n’est pas le même. Il farfouille derrière et m’annonce qu’elle est morte. « On va la remplacer! Je reviens ! » Il ne revient pas.

Tous les échanges se font en cantonais alors je tâche de me concentrer et ne m’étonne pas si certains détails m’échappent.

La machine trône toujours au milieu de la cuisine et la cuisine se résumant à un couloir, on ne peut plus y entrer. On a pu ouvrir le tambour pour récupérer notre linge mais l’appartement sent l’eau croupie. C’est une horreur. J’aère et mets de l’encens partout.

Le lendemain matin, deux hommes viennent me livrer une nouvelle machine. C’était rapide. Je m’attendais à devoir laver mon linge à la main. Ils posent la nouvelle machine dans l’entrée. « On va revenir l’installer! » me disent ils. Ils ne reviennent pas.

Dans l’après-midi, un autre homme que je n’ai jamais vu toque. Il sort la vieille machine de la cuisine, la pose dans le salon. L’odeur d’eau rance ne faiblit pas. Il installe la nouvelle. « Le tuyau n’est pas assez long. Je dois aller en acheter un autre ! Je reviens. » Quelques heures plus tard, il revient vraiment !!!! Il branche le tout, démonte le four pour passer le tuyau derrière, remonte le four… Et tadaaaaam : nous pouvons enfin nettoyer nos culottes ! « Je vais revenir chercher la vieille machine, me dit il ». Il ne revient pas.

Le lendemain, les deux livreurs de la nouvelle machine reviennent. « Ah… mais elle est déjà montée ? » Ils poussent de grands cris étonnés. Moi je ne sais pas quoi leur dire. C’est le propriétaire qui gère les allées et venues des techniciens. Ils repartent sans prendre la vieille machine.

Plus tard, un homme arrive : « Je viens chercher la vieille machine! ». Il est seul avec juste une petite planche sur roulettes. Je l’aide à y caler la machine et il s’en va. Mais refuse de prendre le grand carton.

Une heure après, ça sonne à nouveau à la porte. Un homme se tient là. « Je viens chercher la vieille machine! », clame-t-il. « Ah mais vos collègues sont venus il y a une heure à peine. » Il est étonné. Ronchonne. Puis décide finalement de prendre le carton.

En 4 jour, nous avons eu la visite d’une dizaine de personnes. Mais la situation est finalement réglée.

07 février – Machina enigma!

Notre machine à laver le linge est devenue folle. Elle ne recrache plus l’eau… et retient en otage une dizaine d’innocentes chaussettes, un linge apeuré, deux éponges lavables et sept culottes qui tentent de tenir le coup malgré la pression.

Nous avons donc commencé les négociations. Mais… malgré tout le tact, la douceur et même l’acceptation du chantage, rien n’y a fait… il a donc fallu employer les grands moyens : appeler la compagnie de machines à laver.

C’est là que tout se corse. Une fois avoir trouvé le site, galéré 25 minutes pour changer la langue du site vers l’anglais, trouver le service client… j’ai enfin réussi à avoir quelqu’un au bout du fil. Mais, pour pouvoir faire réparer notre machine, nous devons fournir le numéro de téléphone de la personne l’ayant achetée. Nous sommes locataires et donc il nous faut le numéro de notre propriétaire que nous n’avons pas. Nous appelons donc l’agence de location… qui nous donne le numéro du propriétaire, qui est un numéro nous menant vers… quelqu’un ne parlant pas du tout anglais. Je ne sais pas dire machine à laver le linge en cantonais, ni tuyau, ni écoulement. C’est donc mal barré.

Très gentiment, un collègue de Nicolas nous a donc servi d’interprète. Après de longues minutes de pourparler, peut-être qu’ils pourront envoyer quelqu’un demain. Ou peut-être pas. Tout est mystérieux et très compliqué. La suite au prochain épisode. Pour le moment, nous ne pouvons donc qu’avoir une pensée émue pour nos sous-vêtements qui angoissent dans l’obscurité du tambour rempli d’eau.