19 août – Le mois des fantômes affamés

Ce mois ci à Hong Kong, c’est le mois des fantômes affamés, alias Hungry Ghost Festival.

En gros, tout comme à Halloween, dans la tradition chinoise, on pense que les esprits qui sont morts seuls, qui sont instables ou errants… quittent le royaume des morts pour revenir sur terre… Cela a lieu tout le mois avec un pic le 22 août ! Et ces fantômes sont facétieux et adorent piéger les vivants, leur faire des farces… et peuvent aussi se mettre en colère contre quelqu’un, voire leur porter la poisse.

Pour y pallier, pendant tout le mois, des rituels sont organisés pour rendre hommage à ces défunts, mais aussi à ses propres ancêtres. Sur la rue et dans les cimetières, offrandes, présents, encens sont déposés et les gens brûlent des papiers spéciaux afin d’apaiser ces âmes. Les familles servent généralement de la nourriture sur des tables commémoratives dans leurs maisons pour demander la bénédiction de leurs ancêtres et leur demander de veiller sur eux. Le soir du 21, les habitants organisent un festin et laissent une place vide à la table pour leurs membres disparus…

Hors Covid, les foules se rassemblent la nuit pour assister à des représentations d’opéra chinois organisées dans des structures temporaires en bambou. Les gens lâchent également des lanternes en papier sur l’eau, afin de guider les fantômes dans l’au-delà.

Mais, en complement, il y a tout une liste de choses à éviter pour ne pas déranger ou irriter les fantômes :

– Éviter de raconter des histoires de fantômes…

– Éviter de toucher les offrandes de nourriture qui sont dans la rue.

– Éviter d’organiser des événements importants pendant cette période, comme démarrer une nouvelle entreprise, se marier ou emménager dans une nouvelle maison.

– Éviter de laisser de l’argent dans la rue… ce qui peut être considéré comme un pot-de-vin destiné aux gardes de l’haut-delà…

– Éviter de prendre le dernier bus ou métro de la journée (souvent plein de fantômes)

– Éviter de prendre des photos la nuit.

– Éviter de planter vos baguettes dans votre bol

– Éviter de dormir à côté ou face à un miroir.

– Éviter de porter des vêtements rouges et noirs.

Bon. Entre le miroir de notre chambre, mon article sur les fantômes, mon t-shirt rouge et mes chaussettes noires et Nico qui adore prendre des photos de nuit… on est mal barrés. Je vais vite aller planter des bâtons d’encens, je crois.

18 août – Où sont les toilettes ?

L’immobilier à Hong Kong est hors de prix. Même Genève avec ses loyers exorbitants semble une bien petite joueuse à côté de sa rivale asiatique. De ce fait, chaque mètre carré est compté et lorsque je demande où sont les toilettes dans un café, la réponse se situe souvent : à quatre blocs à pied.

C’est ce qui m’arrive aujourd’hui. Je travaille dans un petit café non loin de chez moi qui sert de bons thés glacés et surtout, me fait penser au Central Perk de Friends avec ses fauteuils confortables.

Quand je demande au serveur où sont les toilettes celui se lance dans des explications détaillées – ce qui n’est pas simple vu que le tout se passe en cantonais.

En résumé, pour aller aux toilettes, je dois me munir d’une carte d’accès de la taille d’une feuille A4, sortir du café, longer un magasin d’électroménager, à l’angle, tourner à gauche puis marcher jusqu’à atteindre un immeuble hébergeant des bureaux. Là il faut entrer, s’annoncer à l’accueil… prendre l’ascenseur en passant la carte sur le lecteur, cliquer sur le 8e étage, passer devant les bureaux d’un centre de prêt financier… longer un couloir… prendre la première porte à gauche et… avec la clé présente au bout de la carte d’accès, accéder aux toilettes.

Simple comme bonjour, n’est ce pas ?

17 août – Nuage rose sur TST

Dimanche, alors que nous rentrons à la maison, une foule surexcitée s’amasse devant un grand poster. Des gens – de tout âge… de tous styles… hommes, femmes, jeunes et moins jeunes, font la queue en plein cagnard pour se prendre en photos devant une image immense, rose bonbon, avec un jeune homme posant dessus à la manière des groupes de K-Pop qui sont si populaires.

Je m’arrête, un peu perplexe. Faire la queue pour prendre une photo avec une star… oui… ça je comprends… mais pour se prendre en photo devant une affiche géante ? Alors là… non vraiment… ça me dépasse (même si j’avoue avoir, à 14 ans, placardé ma chambre de photos des Backstreet Boys, les avoir regardés avec des yeux de Merlan frit dès le matin et même avoir embrassé les lèvres cartonnées de Keviiiiiiiiiin sur mon mur.)

Je prends quelques photos, un peu curieuse et je rentre à la maison en me demandant qui est ce « pink prince… ». Une fois sur mon canapé, je me balade sur Facebook je vois ma copine Ying Ying…. en photo… devant le poster ! Ni une ni deux, je lui écris pour lui demander pourquoi et comment et elle me répond qu’il s’agit d’un des membres du groupe Mirror, un boysband de Canto Pop… que c’est un groupe qui lui donne du baume au coeur ! Et elle m’envoie cet article en complément !

J’ai donc ainsi découvert le groupe Mirror, composé de 12 jeunes hommes (12!!!) avec leurs visages d’anges et leurs coupes à la mode ! Et c’est pas mal dans le genre cantopop! Leur clip est plutôt rigolo !

16 août – Un air de déprime souffle sur la ville

En revenant en juillet en Suisse, nous sommes passés entre les gouttes. Aujourd’hui, le gouvernement hongkongais a annoncé qu’au vu de la hausse des cas et du variant delta dans divers endroits du monde, la quarantaine serait à nouveau renforcée… et ce, dès le 20 août…

De ce fait, le gouvernement a décidé de mettre sur la liste des pays à très hauts risques 16 pays qui sont les suivants : le Bangladesh, le Cambodge, la France, la Grèce, l’Iran, la Malaisie, les Pays-Bas, l’Espagne, le Sri Lanka, la Suisse, la Tanzanie, la Thaïlande, la Turquie, les Émirats arabes unis et les États-Unis. L’Australie, quant à elle, passera dans le groupe des pays à risques moyens…

Cela signifie que les personnes vaccinées ayant passé plus de 2h dans l’un des pays cités ci-dessus devront faire 21 jours de quarantaine, enfermés dans une chambre d’hôtel (à leurs frais évidemment), suivis par 7 jours de self-monitoring… Les gens non vaccinés sont persona non grata (à l’exception des enfants de moins de 12 ans…).

Jusqu’à présent, les Suisses de retour à Hong Kong devaient faire 7 jours de quarantaine, suivis de 7 jours en self-monitoring si vaccinés et avec test anticorps, ou 14 jours si seulement vaccinés…

Je vous avoue que c’est très fâcheux… et qu’on se rend compte avec effroi qu’avec la 4e vague qui guette l’Europe à l’automne, notre prochaine visite à la famille ne sera pas moins compliquée, au contraire.

C’est d’autant plus contrariant d’aller sur les réseaux sociaux et de voir la vie qui continue comme si de rien n’était dans le reste du monde… les festivals… les gens partant en vacances… les soirées cocktails et les fondues au bord du lac… Mais bon, essayons de rester positifs et de prendre les choses jour après jour.

12 août – Une symphonie d’accents

Je mange aujourd’hui avec mon ami Tony, un Australien qui apprend le français — et nous échangeons entre l’anglais et la langue de Molière. Quand je lui explique mon désespoir de parler anglais avec un accent aussi teinté de francophonie, il me regarde et me dit : «C’est un concept purement français que de croire qu’il y a une bonne manière de prononcer les mots… tant que ton interlocuteur te comprend, tu peux considérer que tu as un bon accent!».

Je le fixe, un peu perplexe, mais on continue de débattre et il arrive à me convaincre. C’est vrai qu’entre l’accent australien, américain, canadien, néo-zélandais, écossais, sud-africain, anglais, indien et plus encore… qui sont tous très différents les uns des autres, qui peut dire quel est le bon accent ? Est-ce que rouler les r comme un Écossais ou comme un Indien, arrondir les voyelles comme un Londonien ou en avaler d’autres comme un Américain serait juste ou faux ?

Tony me parle alors de l’Académie française qui décide des mots qui sont corrects ou non en français. Le concept n’existe pas en anglais (et Dieu merci…) et la langue évolue et vit librement selon les régions où elle est pratiquée.

Quand je pense à mes amis français de Hong Kong qui rient (gentiment, je vous rassure – et je les aime quand même) parce que je dis vingt en prononçant le — « t » à la fin… qui haussent un sourcil lorsque je dis septante, calosse ou chenis… ou qui me déclarent que j’ai un accent suisse — ce qui déjà est une hérésie… j’ai un accent vaudois, l’accent suisse n’existe pas — tandis que  pour moi, ce sont eux qui ont un accent parisien… je me dis qu’on devrait tous avoir l’ouverture d’esprit de Tony et accepter que les accents, c’est une superbe preuve mélodique de notre héritage culturel… et que rien n’est juste ou faux !

N’empêche que… bon accent ou pas… quelle galère que de prononcer « throughout » (et sans postillonner, merci…)!