16 novembre – Les vendeurs d’algues

A Prince Edward, dans la fameuse ruelle où se vendent poissons de toutes sortes destinés aux aquariophiles, se cache un magasin entièrement dédié aux algues. Vertes, rouges, noires, brunes ou même bleues… petites, longues, touffues, moussues… tout se trouve et permettra aux amateurs de décorer leurs aquariums !

Dans la boutique, les clients se pressent et prennent leur temps. Ils hésitent, réfléchissent. Les passionnés sont délicats et leurs aquariums sont souvent de vraies oeuvres d’art. Ils ne choisissent donc rien au hasard…

De mon coté, je suis plus pragmatique. Je sais ce que mes petits poissons adorent… et je choisis vite, jouant un peu des coudes devant les étagères où flottent ces herbes marines !

15 novembre – Les mains de Hong Kong

A Hong Kong, il n’y a pas de crèches et personne ne met ses aînés à l’EMS – cela ne se fait pas. Celles qui s’occupent donc des enfants et des personnes âgées, nettoient, cuisinent, ce sont les helpers. Ce sont les mains de Hong Kong qui permettent à la ville de tourner.

Souvent Philippines ou Indonésiennes, majoritairement des femmes, elles vivent chez leurs employeurs (loi oblige) et ont donc des horaires assez variables en fonction de ceux-ci. Mais le dimanche, elles ont congé… et la ville se remplit alors d’un joyeux brouhaha.

N’ayant pas de lieux à elles, elles se retrouvent partout dans Hong Kong. Assises où elles le peuvent, sur des cartons, dans des abris de fortune, elles chantent, dansent, partagent un repas et passent du temps ensemble. C’est vraiment surprenant au début, quand on ne s’y attend pas… et je me demande toujours comment passent-elles leurs dimanches lors de grosses pluies.

Le sujet des helpers est délicat. Que l’on soit à Hong Kong, à Beyrouth, au Sénégal ou ailleurs, il y a malheureusement souvent des abus… et c’est un vrai problème, souvent soulevé par les ONG locales.

Pour en savoir plus, je vous recommande de regarder le sublime film hongkongais Still Human de Oliver Chan.

09 novembre – Petit écrin au cœur de Central

Il est midi. Je monte au deuxième étage d’un petit immeuble quelconque et je pousse la porte de la caverne d’Ali Baba.

Du sol au plafond, des livres sont entreposés. J’ai l’impression de pénétrer dans le labyrinthe de Gaston Lagaffe qui m’avait tant fait fantasmer enfant. Et là tout y est : des livres de cuisine dont j’ai une passion folle, aux romans, documentaires variés, albums et livres jeunesse, bandes dessinées, poches, magazines, classiques comme nouveautés. C’est le lieu de perdition de mon porte-monnaie.

Alors que je me balade dans les rayons, je dresse l’oreille. Quelques notes d’Option Musique, l’une de nos radios suisses, vibre dans l’air. Madeline, la patronne, est neûchateloise et du coup, je me sens doublement comme à la maison !

Bref, je ne suis pas une grande afficionado du shopping mais, je repars toujours de la librairie Parenthèse avec plus de bouquins que ce que j’imaginais.

Sarah Andersen – https://www.instagram.com/sarahandersencomics/

08 novembre – Être étrange et étranger

Depuis que je vis à Hong Kong et que moi-même je suis une étrangère, je pense souvent aux étrangers en Suisse que je n’ai pas accueilli comme j’aurais dû le faire.

Je pense à ma collègue, qui venait d’arriver d’Allemagne et qui ne connaissait personne – à qui je n’ai même pas pensé proposer un repas ou une sortie en dehors du travail. Je pense à ces étudiants Erasmus que je voyais chaque jour à l’Université, qui ne savaient pas toujours comme se débrouiller et à qui je n’ai pas spontanément proposé mon aide. Ou encore à ces expat anglophones, perdus à Genève, que j’ai jugé car « ils n’essayaient pas de parler français… », et qui se regroupaient le weekend. Je pense à ces touristes nageant dans un environnement français parfois rude… et à tous ceux sur qui j’ai jeté des stéréotypes et des clichés !

Il a fallu que je m’expatrie, que moi-aussi je fasse face à la solitude des ailleurs, que je me heurte à la barrière de la langue, aux gens très sympas mais qui ont déjà des amis et une vie… aux blagues qui vont plus vite que mon niveau d’anglais… aux termes chinois qui ont différents sens… pour que je réalise que s’installer dans un autre pays est un grand recommencement teinté de craintes et d’isolement. Que se retrouver avec ses compatriotes n’est pas forcément un signe de fermeture d’esprit – que cela fait du bien de temps en temps, que c’est reposant… et que tous ces étrangers installés ailleurs sont gens courageux.

04 novembre – Chez la couturière

La couture de ma veste et celle de mon pantalon ont rendu l’âme. Je descends donc dans l’antre de la couturière qui officie au bas de ma rue. Quand on entre dans son magasin, elle ne sourit pas et reste muette. Rapide, elle analyse les pièces à réparer. Elle les palpe, écrit le prix sur un papier, le tout sans un mot. Je n’ai plus qu’à attendre.

Pendant qu’elle coud, j’observe son atelier dans lequel se répand une pop chinoise mielleuse. Des plantes sont posées sur des étagères, dans de vieilles bouteilles en plastique. Ses machines à coudre semblent dater de l’avant-guerre. Au sol, se trouvent des tonnes de tissus, de vêtements, de boîtes de thé.

Pour 60HKD (environ 7 CHF), elle recoud ma veste et mon pantalon. Quand je pars, elle ne m’adresse ni salutations ni sourire malgré mes pénibles efforts de converser. Je me demande même si elle parle le cantonais.

Mais peu importe car elle est d’une efficacité redoutable !