17 octobre – Vie de pêcheur

Il est environ 21h30. Nous sommes sur un bateau et la nuit est aussi noire que de la suie. Depuis le ponton supérieur, Nicolas et moi observons le village flottant situé juste à côté de nous. C’est une ferme flottante tenue par des pêcheurs, composée de plateformes, de filets et d’enclos marins où sont élevés certaines espèces (j’ignore lesquelles).

Sur un petit ponton en bois, juste en face de nous, se trouvent un chat, quelques plantes, des vêtements qui sèchent, des caisses… et dans le fond un homme qui se repose.

Nous observons sa maisonnette flottante, faite de bric et de broc et je m’interroge : vit il ici ou surveille-t-il simplement quelque chose? A-t-il un pied à terre ? Comment fait il quand il y a des typhons ? Ou en hiver quand les températures chutent aux alentours de 10-12 degrés ?

Le mystère reste entier et je reste fascinée par ces vies en proie aux éléments.

05 octobre – Baume du Tigre

Je suis avec une amie japonaise qui ne se sent pas bien.

– Attends, lui dis-je. J’ai quelque chose pour t’aider.

Je sors alors de mon sac un petit pot de baume du Tigre que je lui tends. Les Hongkongais autour de moi ouvrent des yeux ébahis et sont encore plus surpris quand je leur explique que pour moi, c’est un remède lié à l’enfance. Ma maman nous soignait toujours avec du baume du Tigre, même au fin fond de nos montagnes suisses.

Ils me regardent, estomaqués. Le baume du Tigre est en effet un classique de la pharmacopée chinoise. Développé par un herboriste birman – si je ne m’abuse – le produit a été tout d’abord commercialisé à Singapour avant de s’étendre à l’Asie. A Hong Kong, le baume du Tigre est un incontournable. Aw Boon Par, le créateur de l’onguent, y avait d’ailleurs un manoir avec un jardin incroyable appelé le Jardin du Baume du Tigre dans lequel se tenaient des pagodes et des sculptures. Et aujourd’hui encore, toutes les pharmacies de la ville contiennent des rayons entiers proposant ce produit sous toutes ses formes.

Mes Hongkongais tombent donc des nues en apprenant que dans mon petit village helvétique, nous soignons toux, rhumes et maux de tête avec leur fameux baume. Et je les comprends… j’aurais fait la même tête s’ils m’avaient dit utiliser du Carmol !

01 octobre – Câlins et câlinades !

On a tendance à croire, en Europe, que les Asiatiques sont discrets… qu’ils ne se touchent pas et se saluent d’un hochement de tête sobre et discret. Les clichés ont la vie dure.

Je ne connais pas les coutumes de tous les pays d’Asie mais je sais qu’elles changent d’un pays, voire d’une région à l’autre… tout comme les Italiens, les Allemands, les Espagnols, les Suisses allemands ou romands auront des spécificités propres à leur pays et leur langue.

A Hong Kong, si la bise n’existe pas et si on se salue d’un signe de tête, j’observe néanmoins que les gens sont câlins et tactiles.

Les couples se tiennent par la main, se blottissent l’un contre l’autre dans les escalators, se serrent dans le métro… les papas et les mamans câlinent tendrement leurs enfants… les ados peuvent se balader dans la rue en tenant la main de leur maman ou grand maman… et mes amis m’ont plusieurs fois fait des hugs (étreintes) très enthousiastes ou m’ont pris le bras pour se balader dans la rue ! Par contre, je n’ai jamais vu personne s’embrasser à pleine bouche… mais bon, cela fait presque 2 ans que nous vivons avec un masque sur le nez.

Moi je les trouve touchants et beaux, les Hongkongais qui s’aiment !

26 septembre – La danse des chevaux

Cet après-midi, nos pas nous mènent jusqu’à un immense parc, proche de chez nous. Il fait très chaud et des basses résonnent dans l’air.

– J’ai l’impression d’aller à un festival, dis-je à Nicolas.

Nous suivons les notes de musique et arrivons sur une immense pelouse occupée par des centaines de femmes divisées en 3 groupes distincts. Le premier groupe danse sur des musiques traditionnelles vêtues de tenues colorées, de perruques noires et de masques effrayants. Le deuxième est constitué de ninja, toutes vêtues de noir qui bougent toutes ensemble. Elles sont impressionnantes. Le troisième regroupe quant à lui un groupe de femmes vêtues de manière colorée, maquillées et chevauchant des chevaux en carton. Elles dansent sans discontinuer sur une musique lancinante.

– C’est pour une fête traditionnelle indonésienne, me souffle une femme souriante.

Je n’en saurai pas plus. L’Indonésie est un vaste pays composé de plus de 11’000 îles, de 270 millions d’habitants… et de 700 langues parlées ! Selon la région, les traditions peuvent donc être très diverses.

C’est beau. Une délicieuse odeur d’encens flotte dans l’air. L’ambiance est à la fête. Elles sont belles, ces femmes, festoyant dans la chaleur de l’après-midi et on flâne entre les groupes, observant les danses et les chorégraphies.

En rentrant à la maison, je cherche sur Internet sans succès. A quoi avons-nous assisté ? Serait ce la danse du kuda kepang? Les danses des masques balinaises ou une tradition pour célébrer l’équinoxe ? Je ne sais pas mais j’ai voyagé avec elles l’espace d’un instant !

25 septembre – L’arbre à vœux de Lam Tsuen

Ce matin, nous partons en direction de Lam Tsuen, un joli village situé dans les Nouveaux Territoires. Le village est célèbre pour son temple et surtout… son arbre à vœux ! Et l’histoire est insolite !

La légende raconte en effet qu’un père anxieux face aux mauvaises notes de son fils alla faire un vœu sous un camphrier situé à côté du temple de Tin Hau. Miraculeusement, son fils se mit à exceller à l’école. Le bouche à oreille fit son office et la foule vint de loin pour faire des vœux sous l’arbre. Pour ce faire, les gens attachaient leurs souhaits, rédigés sur un petit papier, à un caillou, une carotte ou une laitue et les jetaient dans les branches. Plus le souhait s’accrochait haut, plus les chances de réalisation étaient élevées !

Mais les pierres abimèrent l’arbre (ainsi que les fenêtres des maisons environnantes…) et on décida de changer les pierres pour des mandarines ! Toutefois, sous les assauts et les bâtons d’encens, l’arbre mourut. Il fut alors remplacé par un banyan, mais en 2005 il perdit une branche, blessant deux personnes. La municipalité décida donc d’acquérir un arbre artificiel pour éviter les accidents… (pour la modique somme de 30’000 CHF quand même).

L’arbre mesure 11 mètres de haut et les mandarines furent remplacées par des répliques en mousse… rendant la tâche de les lancer le plus haut possible tres difficile !

Pour y pallier, on peut aujourd’hui faire ses vœux sur un papier spécial qu’on suspend alors à un grand panneau en bois. On s’est évidemment pliés à l’exercice et pour tripler mes chances, j’ai même écrit mon vœu en anglais et en chinois et j’ai demandé à Nicolas de le poser tout en haut du panneau ! 😂